VOLONTARIAT SALÉSIEN
V.I.D.E.S. FRANCE
NOUVELLES DES VOLONTAIRES

GAULTIER DE CHAILLE : je suis heureux, j’ai l’impression d’être utile et je me sens bien accueilli.

Gauthier est séminariste pour le diocèse de Versailles et, à ce titre, doit effectuer un stage en paroisse durant deux ans. Son supérieur a demandé à Vidès de l’accueillir car en 2003, un autre séminariste Jacques Noah Bikoé avait fait un séjour de deux ans à Kandi au Bénin et avait beaucoup aimé. Il nous donne enfin quelques nouvelles de son acclimatation sur la terre africaine…

 



J’ai quitté Paris le 15 août dernier pour rejoindre la communauté salésienne d’Ebolowa. C’était encore les vacances pour beaucoup et ici, au Cameroun, les activités n’avaient pas repris non plus. C’est vrai que les choses ont mis du temps à se mettre en place. J’ai attendu un mois avant d’avoir vraiment du travail. J’ai aussi occupé ce premier mois en rendant service à la menuiserie du centre, qui démarrait avant la rentrée scolaire. J’ai donné un coup de main pour fabriquer soixante tables. C’était très agréable de faire un travail un peu physique et qui sorte des livres, mais j’ai trouvé le temps un peu long sur la fin. Enfin, les choses se sont accélérées, et j’en suis bien content.

J’ai donc commencé par vivre au sein de la communauté, au centre professionnel Don Bosco, avec les pères Artur, André, Joseph, le directeur, ainsi que frère Paul-Marie. J’ai ainsi pu découvrir les environs d’Ebolowa, le centre professionnel et la paroisse, sise deux cent mètres plus loin. Le curé de la paroisse est le P. Valentino, un salésien italien présent depuis dix-sept ans sur place, assisté du P. Frédéric, seul prêtre salésien du Congo Brazzaville. 

Puis, au bout de deux semaines au sein de la communauté, le P. Joseph m’a demandé de déménager à la paroisse, le P. Valentino partant pour se faire soigner en Italie de problèmes cardiaques. Le P. Frédéric restait tout seul et avait donc besoin d’aide. Je me suis donc retrouvé à la paroisse alors que les cours commençaient au centre. Après une semaine de familiarisation à la paroisse, ils ont effectivement commencé. Je suis chargé de dix heures de cours de français et de trois heures de cours de religion dans la semaine, auprès des 3e et 4e, mécaniciens, électriciens et menuisiers. 

Le niveau scolaire en français est plus que faible. Les élèves ont des lacunes terribles qui montrent un système éducatif peut être laxiste ou pas assez attentif aux plus faibles. Je me rends compte ainsi de l’immense exigence que requiert le métier de professeur. Ce qui est pour moi le plus dur, c’est de prendre toujours garde à ne pas laisser trop en arrière les plus faibles. De plus, avec mon accent et mon vocabulaire, j’ai tendance à parler sans que les élèves ne me comprennent, et sans forcément m’en rendre compte… Ils ont un vocabulaire très limité, surtout fonctionnel ou purement technique suivant les domaines dans lesquels ils reçoivent leur formation. Alors je tente de leur parler de la meilleure façon possible en expliquant les mots que j’emploie et qui leur sont inconnus.

Pour ce qui est de la religion, ils manquent de connaissances précises. J’ai donc commencé par reprendre la Bible, en général, puis linéairement. Nous avons déjà parcouru toute la Genèse, en appuyant sur les passages les plus importants et en essayant de mettre des dates sur les évènements. Nous avons commencé l’Exode à présent et j’ai l’impression de les intéresser. Nous pouvons aussi avoir des discussions intéressantes sur les sujets qui les taraudent à propos de la religion et finalement de la philosophie. Par exemple, lundi dernier, certains m’ont interrogé sur la différence noir/blanc. Pour eux, Adam est le père des blancs, et ils ont l’impression finalement d’être nés de père inconnu. Je leur ai donc expliqué certaines choses sur toutes ces questions, qui sont brûlantes pour eux. 

En ce qui concerne mon rôle à la paroisse, il n’est pas très développé. Je supervise deux chorales de jeunes, auxquelles je donne des cours de musique et de chant chorale. C’est un immense plaisir de me replonger dans la musique, un peu comme au séminaire, où j’étais le chantre de ma communauté. Je tente d’apprendre les chants en langue, le Boulou et de leur enseigner des chants français modernes. Ils sont en effet restés aux chants des années 80 et ils commencent à vieillir…

Enfin, sur le plan du dépaysement, je dirais qu’il est total. Tout est différent ici, le mode de vie des gens, le climat, la végétation, la morphologie urbaine, le régime alimentaire, le goût de l’eau, l’odeur du vent… Mais ce dépaysement complet n’est pas une souffrance. C’est l’occasion de se trouver dans la position de celui qui apprend. Moi qui suis facilement émerveillé, j’ouvre toujours de grands yeux, dès que je découvre un nouveau lieu, quand j’entends des histoires du pays et que j’ai le plaisir de me laisser prendre par la main pour voir quelque » » panorama ou village pittoresque. 
Autre chose d’étonnant, c’est d’être « le blanc ». Nous ne sommes que trois ou quatre dans toute la ville, et les gens, surtout les enfants, ne sont pas habitués à en voir. Quand je traverse la cour de l’école paroissiale pour revenir au presbytère, une foule d’enfants accourt souvent pour me serrer la main en criant « le blanc ! le blanc ! ». Dans les villages de brousse, j’ai même vu des enfants partir en courant et en criant. Les aînés traduisaient, hilares, ce que les petits criaient en boulou : « un fantôme ! ». 

Donc voilà, je suis heureux, j’ai l’impression d’être utile et je me sens bien accueilli. Je pourrais parler encore de plein de choses, de mon rôle à la bibliothèque, de mes deux visites à la prison, des volontaires italiens qui étaient là à la fin de l’été… Mais ce sera pour un autre courriel !!! (mail du 29 septembre 2007)