Édition du 07/11/07 |
Regards sur le monde salésien |
«Le réseau salésien, une dynamique mondiale au service des familles» Rencontre avec la Famille Salésienne de France
Lourdes, 27 octobre 2007 Très chers frères et sœurs, membres de la Famille Salésienne et tous Amis de Don Bosco : J’ai à nouveau la joie de me retrouver parmi vous, ici en France. C’est déjà la quatrième fois que, comme Recteur Majeur, je visite la Province, ce qui signifie l’affection toute particulière que je ressens pour elle, une affection comme celle que Don Bosco lui-même ressentait. Cette fois-ci la rencontre a comme siège ce lieu sanctifié par la présence maternelle de Notre Dame de Lourdes qui, voilà bientôt 150 ans, révéla à Bernadette Soubirous, en 1858, son message : «Je suis l’Immaculée Conception». Il s’agit d’une dévotion à laquelle Don Bosco était particulièrement sensible. En tant qu’Immaculée, Marie représente la pédagogie divine, le dynamisme de l’amour qui a l’immense pouvoir d’ouvrir les cœurs des hommes et des femmes, et aussi donc ceux des jeunes : « Qu’ils soient aimés en ce qui leur plaît – disait Don Bosco lui-même –, que l’on s’adapte à leurs goûts de jeunes garçons, et qu’ils apprennent ainsi à découvrir l’amour, en des choses qui naturellement ne leur plaisent guère, telles que la discipline, l’étude, la mortification personnelle ; et qu’ils apprennent à les faire avec élan et amour ». Nous nous retrouvons devant la traduction pédagogique de tout ce qu’affirme Saint Jean : « Voici ce qu’est l’amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés, et qui a envoyé son Fils » (1 Jn 4,10). Ce qui signifie que l’expérience vécue et reconnue de l’amour suscite chez la personne humaine le désir de répondre avec ses meilleures ressources, celles qui jaillissent du cœur. Il n’est en rien étrange que Don Bosco ait centré toute sa pédagogie sur l’amour et la bonté. Ce qui l’entraîna à faire sien le Système Préventif qui met l’accent sur le fait d’aller à la rencontre des jeunes et d’accomplir toujours le premier pas, en privilégiant ceux qui sont au dernier rang. L’Immaculée représente donc pour Don Bosco l’incarnation de l’amour préventif de Dieu, spécialement en faveur des jeunes pauvres, abandonnés et en situation de risque. Le thème qui m’a été assigné porte comme titre : « Le réseau salésien, une dynamique mondiale au service des familles ». C’est, d’une certaine manière, le thème que j’avais proposé comme étrenne pour la Famille Salésienne il y a bientôt deux ans (2006) : Porter une attention spéciale à la famille, qui est le berceau de la vie et de l’amour et le premier lieu d’humanisation. Ce n’est pas la première fois que la « famille » attire l’attention d’un Recteur Majeur. Don Egidio Viganò lui consacra deux lettres circulaires. La première, le 8 décembre 1980 avec le titre « Appels du Synode ’80 » sur la Famille (ACS 299). La seconde, 14 ans plus tard, avec le titre « L’année de la famille » (ACS 349), à l’occasion de l’année internationale de la famille. Par la première lettre Don Viganò invitait les Salésiens à découvrir l’importance de la famille, à tenir compte des deux valeurs fondamentales unies à elle, à savoir l’amour et la vie, et à en assumer les conséquences pour notre tâche pastorale éducative, à savoir l’attitude prophétique de la bonté, l’actualisation doctrinale, l’insertion active dans l’église locale, la présence sur le terrain de la culture et de l’école, le relief accordé à l’éducation sexuelle, la signification novatrice du thème de la « femme », l’ « esprit de famille ». Par la seconde, par contre, il soulignait les difficultés actuelles de la famille, la généalogie de la personne, l’éducation sexuelle, la préparation au mariage, le charisme de Don Bosco et la famille. Même s’il y avait des initiatives en faveur des familles avec « les écoles de parents », « les mamans catéchistes », « les itinéraires d’éducation pour l’amour », etc.… sur le secteur de l’éducation formelle, et avec les associations « Foyers Don Bosco », « Adoptions à distance », « Rencontres matrimoniales », « Association pour le dépassement intégral de la famille », « Dynamique d’union matrimoniale », « Centre Catéchétique pour la famille », « Mamans d’enfants consacrés », etc.…, sur le secteur des paroisses, il n’y a pas de doute sur le fait que ces lettres-là aidèrent à acquérir une conscience plus grande de l’importance du thème et donnèrent le départ à de nouvelles initiatives pastorales dans les différentes œuvres. Aujourd’hui ce thème a revêtu une importance vitale, puisque la détérioration de la famille est alarmante à cause de l’agression culturelle qu’elle subit, au point que si Don Bosco devait commencer aujourd’hui son œuvre, j’en suis certain, il le ferait à partir de la famille. Voilà pourquoi j’ai voulu lancer un appel à toute la Famille Salésienne pour faire de la Famille « un pays de mission ». Il est vrai que, dans sa composition même, la Famille de Don Bosco, qui regroupe des hommes et des femmes, des religieux et des religieuses, des personnes consacrées dans le monde et des personnes laïques, ainsi que des jeunes, se présente déjà comme une famille et opère spécifiquement en tant que mission en faveur de la famille dans les quelques groupes qui la constituent. Ce qui est spécifique au moment actuel, c’est que nous voulons agir, toujours, et chaque fois plus, comme un mouvement spirituel apostolique, comme un vrai réseau mondial au service de la famille. En faisant la présentation de l’étrenne 2006, j’accueillais une invitation de Jean Paul II à défendre la vie à travers la famille :
Et de mon côté j’ajoutais une autre raison pour faire de la famille un élément fondamental de la mission de toute la Famille Salésienne dans le monde entier, le 150ème anniversaire de la mort de Maman Marguerite, mère de la famille éducative créée par Don Bosco à Valdocco. Je suis convaincu de ceci :
Croyant dans son importance stratégique pour l’avenir de l’humanité et de l’Eglise, Jean-Paul II fit de la famille l’un des points prioritaires de son programme pastoral pour l’Eglise aux débuts du troisième millénaire :
1. Risques et menaces qui pèsent sur la famille aujourd’hui La pensée de Jean-Paul II a été reprise par la Pape Benoît XVI qui, dans ses interventions, a parlé de la famille comme d’une "question névralgique, qui demande notre plus grande attention pastorale […]."
Une ambiance culturelle hostile à la famille De nos jours, avec une certaine facilité et une certaine superficialité sont proposées et présentées de prétendues "alternatives" à la famille, qualifiée de "traditionnelle". L’attention est ainsi portée du problème du divorce à celui des "couples de fait", du traitement de la stérilité de la femme à la procréation médicalement assistée, de l’avortement à la recherche et à la manipulation des cellules staminales extraites des embryons, du problème de la pilule contraceptive à celui de la pilule du lendemain, qui est aussi abortive. La légalisation de l’avortement s’est pratiquement répandue partout dans le monde. Il arrive même que l’on confère aux couples éphémères qui ne veulent pas s’engager officiellement dans le mariage, même civil, les droits et les avantages d’une vraie famille. Tel est le cas de l’officialisation des "unions de fait", y compris des couples homosexuels, qui prétendent parfois même à un droit à l’adoption, en soulevant de cette façon des problèmes très graves d’ordre psychologique, social et juridique. Le visage – la réalité – de la famille a donc changé. A ce qui est dit ci-dessus on doit ajouter la préférence marquée pour une forme de "privatisation" croissante et la tendance à une réduction des dimensions de la famille qui, passant du modèle de "famille composée de plusieurs générations" à celui de "famille nucléaire", limite cette dernière à la réalité de papa, maman et un seul fils. Ce qui est plus grave encore, c’est qu’une grande partie de l’opinion publique ne reconnaît plus dans la famille, fondée sur le mariage, la cellule fondamentale de la société et un bien dont on ne peut se passer. Une ‘solution’ facile : le divorce Tenant compte de ce climat culturel, présent surtout dans les sociétés occidentales, il me paraît opportun de citer un passage de l’Evangile où Jésus parle du mariage : "S’approchant, des pharisiens lui demandèrent : « Est-il permis à un mari de répudier sa femme ? » C’était pour le mettre à l’épreuve. Il leur répondit : « Quest-ce que Moïse vous a prescrit ? » – « Moïse, dirent-ils, a permis de rédiger un acte de divorce et de répudier. » Alors Jésus leur répliqua : « C’est en raison de votre caractère intraitable qu’il a écrit pour vous cette prescription. Mais à l’origine de la création Dieu les fit homme et femme. Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère, et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. » " (Mc 10,2-9). Il s’agit, à mon avis, d’un texte très éclairant, parce qu’il se rapporte au thème du mariage en tant que ce dernier est l’origine et la base de la famille, mais surtout parce qu’il nous fait voir la façon de raisonner de Jésus. Il ne se laisse pas prendre au piège des filets du légalisme, sur ce qui est permis et ce qui est défendu, mais il se place devant le projet originel du Créateur, et personne mieux que Lui ne savait quel était le dessein originel de Dieu. C’est dans ce projet que nous trouvons la "Bonne Nouvelle" de la famille. Tout en reconnaissant qu’il y a aussi beaucoup de familles qui vivent la valeur d’une union solide et fidèle, nous devons toutefois constater que la précarité du lien conjugal est l’une des caractéristiques du monde contemporain. Elle n’épargne aucun continent et peut être constatée dans tous les niveaux sociaux. Souvent, passée dans la pratique courante, elle rend fragile la famille et compromet la mission éducative des parents. Cette précarité, si on n’y remédie pas, bien plus si on l’accepte comme un "fait acquis", conduit souvent au choix de la séparation et du divorce, qui sont considérés comme l’unique issue pour sortir des crises qui se sont produites. Je voudrais faire remarquer qu’il y a une diversité dans les éléments qui concourent à l’augmentation actuelle du nombre des divorces : une fausse conception de la liberté, la peur de l’engagement, la pratique de la cohabitation, la "banalisation du sexe", selon l’expression de Jean-Paul II, ainsi que le manque de ressources économiques, qui sont parfois une cause concomitante de ces séparations. Des styles de vie, des modes, des spectacles, des romans-feuilletons télévisés, en mettant en doute la valeur du mariage et en répandant l’idée que le don réciproque des époux jusqu’à la mort est quelque chose d’impossible, fragilisent l’institution familiale, en font diminuer l’estime et arrivent au point de la discréditer à l’avantage d’autres "modèles" de pseudo-famille. Privatisation du mariage Parmi les phénomènes auxquels nous assistons, il faut remarquer, en outre, le fait que s’impose un individualisme radical, qui se manifeste dans de nombreuses sphères de l’activité humaine. Cet individualisme ne favorise certainement pas le don généreux, fidèle et permanent de soi. Et il n’est sûrement pas une attitude culturelle d’esprit qui pourrait favoriser la solution des crises dans le mariage. Cette idéologie sociale de pseudo-liberté pousse l’individu à agir en premier lieu selon ses intérêts, son utilité. L’engagement pris vis-à-vis du conjoint est mené comme un simple contrat, indéfiniment révisable ; la parole donnée n’a qu’une valeur limitée dans le temps ; on n’a de comptes à rendre à personne, si ce n’est à soi-même. Ce qu’à tort on attend du mariage Il faut aussi constater que beaucoup de jeunes se font une conception idéaliste ou même erronée du couple, en le voyant comme le lieu d’un bonheur sans nuages, de la réalisation de ses propres désirs sans prix à payer. Ils peuvent arriver ainsi à un conflit latent entre le désir de fusion avec l’autre et celui de protéger sa propre liberté. Une méconnaissance croissante de la beauté du couple humain authentique, de la richesse de la différence et de la complémentarité homme/femme conduit à une confusion accrue sur l’identité sexuelle, confusion portée au comble dans l’idéologie féministe. D’autre part, les conditions actuelles de l’activité professionnelle des deux conjoints réduisent les temps vécus en commun et la communication dans la famille. Et tout cela appauvrit les capacités de dialogues entre les époux.
Les facteurs économiques, dans leur grande complexité, ont aussi une forte influence dans la configuration du modèle familial, dans la détermination de ses valeurs, dans l’organisation de son fonctionnement, dans la définition du projet familial lui-même. Les recettes qu’on veut s’assurer, les dépenses qu’on estime indispensables pour répondre aux besoins ou au niveau de bien-être qu’on prétend atteindre ou maintenir, le manque de ressources ou même le manque de travail qui frappent autant les parents que les enfants, tout cela conditionne et, dans une certaine mesure, détermine pour une large part la vie des familles. Une autre situation préoccupante, c’est celle des émigrants, contraints de s’éloigner du pays et de la famille à la recherche d’un travail et de moyens de subsistance, situation qui bien souvent, en raison de l’absence prolongée ou d’autres motivations, est la cause de l’abandon et de l’anéantissement de la famille dont ils se sont éloignés. Ont également une origine économique les mécanismes qui créent le climat d’une utilisation immodérée des biens de consommation dans lequel se trouvent plongées les familles. C’est sous cette perspective que souvent on définit les paramètres du bonheur, en engendrant de la frustration et de la marginalisation. Sont aussi économiques les facteurs qui déterminent une réalité aussi importante que celle de l’espace familial, c’est-à-dire la dimension des maisons et la possibilité d’accéder à la propriété. Ce sont enfin les facteurs économiques qui conditionnent les possibilités d’éduquer et les perspectives d’avenir des enfants. 2. La famille, chemin d’humanisation du Fils de Dieu L’incarnation du Fils de Dieu, né d’une femme, né sujet de la loi afin de racheter les sujets de la loi et de leur donner le pouvoir de devenir des fils de Dieu (cf. Ga 4,4-5), n’a pas été seulement un événement lié au moment de la naissance, mais elle a embrassé tout l’ensemble des événements de la vie humaine de Jésus, jusqu’à sa mort sur une croix, ainsi que le proclame l’apôtre Paul (cf. Ph 2,8). Mais justement parce qu’il voulait s’incarner, Dieu a dû d’abord chercher pour lui une famille, une mère (cf. Lc 1,26-38) et un père (cf. Mt 1,18-25). Si dans le sein maternel de la Vierge Marie Dieu s’est fait homme, dans le sein de la famille de Nazareth le Dieu incarné a appris à devenir homme. Pour naître, Dieu a eu besoin d’une mère ; pour grandir et devenir homme, Dieu a eu besoin d’une famille. Marie n’a pas été seulement Celle qui a mis au monde Jésus ; en vraie maman, à côté de Joseph, elle a réussi à faire de la maison de Nazareth un foyer d’ "humanisation" du Fils de Dieu (cf. Lc 2,51-52). La fonction éducatrice, nécessaire et inévitable, que toute famille doit offrir à ses membres, se trouve, dans le cas de la Famille de Nazareth, attestée dans une page de l’évangile selon saint Luc. C’est le passage qui rapporte la scène où Jésus est retrouvé au Temple : "A sa vue, ils furent saisis d’émotion et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchions angoissés. » Il leur répondit : « Et pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement tous ces souvenirs en son cœur. Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes." (Lc 2,48-52). Dans cette page nous trouvons trois indications précieuses sur ce que la famille est appelée à faire vis-à-vis des enfants, afin qu’ils deviennent "d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens". En ce sens on pourrait considérer cette expression comme une heureuse relecture salésienne, dans un projet éducatif, du principe de l’incarnation. Tout d’abord, et cela n’est pas indifférent, Joseph et Marie conduisent Jésus au Temple à l’âge où un fils doit apprendre à s’insérer de plein droit dans la vie de son peuple, en faisant siennes les traditions qui ont alimenté et soutenu la foi de ses parents. L’origine divine de Jésus ne l’a pas soustrait à l’obligation, universelle en Israël, d’observer la loi de Dieu ; le Fils de Dieu a appris à être homme en apprenant à obéir aux hommes. Il faut, en outre, remarquer l’attitude respectueuse des parents devant leur fils qui, tout seul, cherche la volonté de Dieu sur sa vie personnelle. La réponse de Jésus a presque un ton de surprise, comme pour dire : "Mais comment, vous m’avez enseigné à appeler Dieu Abba, Père, et à rechercher sans cesse sa volonté, et précisément aujourd’hui et ici, dans Sa maison, le jour du « Bar Mitzva », le jour où je suis devenu de plein droit « fils de la Loi » pour vivre désormais en accomplissant le dessein du Père, vous me demandez où je me trouvais, parce que j’ai agi ainsi ?" (cf. Lc 2,49). Non encore majeur, Jésus rappelle à ses parents que ce sont eux qui lui ont enseigné que Dieu et ses affaires passent avant même la famille et la préoccupation qu’on peut en avoir. Enfin, observons ceci : le fait que les parents n’ont pas compris ne constitue pas un obstacle à l’obéissance du fils, qui revient avec eux à Nazareth ; Jésus se soumet à l’autorité des parents qui ne réussissent plus à le comprendre. Et ainsi, conclut l’évangéliste, tandis que Marie "gardait tous ces événements dans son cœur" (Lc 2,51), Jésus "croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes" (Lc 2,52). Voilà l’éloge le plus grand de la capacité éducative de Joseph et de Marie. Voilà ce que signifie en pratique faire qu’une famille, une maison, une école deviennent "berceau de la vie et de l’amour et premier lieu d’humanisation". Le fils de Dieu put naître d’une mère vierge, sans compter pour cela sur une famille, mais sans elle il ne put grandir et mûrir en tant qu’homme ! Une vierge conçut le fils de Dieu ; une famille l’humanisa. 3. Vie de famille et charisme salésien Pour nous, fils et filles de Don Bosco, la famille ne peut pas sembler un thème étranger à notre vie et à notre mission. Comme éducateurs nous connaissons bien l’importance d’établir un climat de famille pour l’éducation d’enfants et de garçons, d’adolescents et de jeunes gens. Dans ce but le meilleur milieu est celui qui s’inspire du modèle de base de la famille : celui qui reproduit "l’expérience de la maison", où la communication des sentiments, des attitudes, des idéaux, des valeurs s’effectue à partir du vécu, souvent sans paroles pour l’exprimer, surtout de façon non systématique, mais pas moins efficacement et constamment. L’expression célèbre de Don Bosco "l’éducation est une affaire de cœur" a sa traduction au niveau de l’action dans le devoir d’ouvrir les portes du cœur de nos jeunes afin qu’ils puissent accueillir et garder nos propositions éducatives. Pour nous, Famille salésienne, vivre en famille n’est pas simplement un choix pastoral stratégique, de nos jours si urgent, mais une manière de réaliser notre charisme et un objectif à privilégier dans notre mission apostolique. Comme trait charismatique caractéristique, nous Salésiens et Membres de la Famille Salésienne, nous vivons l’esprit de famille ; comme mission prioritaire, nous partageons avec les familles qui nous confient leurs enfants le devoir de les éduquer et de les évangéliser ; comme option dans notre méthode éducative, nous travaillons en faisant exister dans nos milieux l’esprit de famille. Valdocco, "une famille qui éduque". Même si Valdocco a été la première – et la seule – institution d’assistance et d’éducation fondée et dirigée par Don Bosco en personne, la physionomie typique de l’œuvre et surtout le système éducatif de prévention qui y est appliqué ne peuvent être bien compris qu’en lien non seulement avec Don Bosco, avec son expérience et son tempérament, mais aussi avec ceux de ses aides. Depuis les débuts l’Oratoire fut une entreprise communautaire, menée pour sa construction et sa progression en interaction entre le fondateur et ses collaborateurs. Parmi ceux-ci on distingue un groupe important de femmes. Maman Marguerite n’a certainement pas été l’unique collaboratrice de Don Bosco à l’Oratoire : "d’autres mamans vécurent à Valdocco, en donnant toujours l’empreinte familiale qui provenait nécessairement de leur nature et de leur expérience". Après la mort de maman Marguerite, Marianne, la sœur aînée, resta à l’Oratoire pendant encore environ une année jusqu’à sa mort. Puis "s’établit à l’Oratoire la maman de Don Rua, qui était aidée par la maman du jeune abbé Bellia, de celle du Chanoine Gastaldi et par d’autres. Vécut aussi à l’Oratoire Marianne Magone, maman de l’élève de Don Bosco que tous connaissent". Après la mort de cette dernière, en 1872, cessent la présence et l’influence des mamans à l’Oratoire. Il faut souligner toutefois que, pendant la décennie 1846-1856, la maman de Don Bosco fut la principale personne à tenir compagnie et à offrir sa coopération à Don Bosco : elle en partageait "le pain, le travail, les fatigues, les préoccupations et la mission auprès des jeunes". "Maman Marguerite" – tel est désormais son nom définitif à Valdocco – sera activement présente au premier développement "extérieur" de l’œuvre : premier oratoire, "maison annexe" ou internat pour les premiers apprentis et étudiants, premières écoles et premiers ateliers, petite église dédiée à saint François de Sales, lancement des Lectures Catholiques, dans un climat de révolutions et de menaces envers Don Bosco (1853). En ces jours-là, à l’Oratoire, on vivait une vie de famille toute simple, avec de maigres ressources et pleine de rêves ; souvent Don Bosco devait sortir de la maison pour se procurer les fonds pour gérer, même si c’était à la fortune du pot, un internat de plus en plus nombreux ou pour trouver un peu de paix et écrire ses livres dans la bibliothèque du Convitto Ecclesiastico ou ailleurs. Maman Marguerite le remplaçait dans l’assistance des garçons, en plus de ses occupations autour des travaux domestiques ordinaires, à la cuisine le jour et au raccommodage de leurs vêtements la nuit. Ce sont des actions tout à fait ordinaires, "de petits détails" certes, mais qui "eurent leur poids sur de nombreux aspects de la vie de Don Bosco et des jeunes, et [qui] nous aident à voir sous son aspect concret la ‘famille’ de l’Oratoire" : l’Oratoire, en effet, dans l’intention de Don Bosco "devait être une maison, c’est-à-dire une famille, et ne voulait pas être un Collège". Eh bien, il y a quelque temps, le Père Egidio Viganò a fait remarquer avec force les conséquences heureuses de la présence maternelle de Maman Marguerite à Valdocco, et sa contribution pour rendre "familial" le climat de l’Oratoire : "Le transfert héroïque de cette maman au Valdocco contribua à imprégner le milieu de ces pauvres jeunes gens de ce style familial même qui a vu éclore le Système préventif et un tas de particularités traditionnelles qui lui sont liées. Don Bosco savait par expérience que la formation de sa personnalité s’enracinait vitalement dans le climat extraordinaire de dévouement et de bonté (« don de soi ») de sa famille aux Becchi, et il a voulu en reproduire les qualités les plus significatives à l’Oratoire du Valdocco parmi ces jeunes pauvres et abandonnés".
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