Édition du 14/10/08

Regards sur le monde salésien

Congrès Pèlerinage Lourdes 2007

  L’esprit de famille : expérience de foi, d’amour et d’espérance

Conférence pour la Famille Salésienne en France

Lourdes - 29 octobre 2007

Chers Sœurs et Frères de la Famille Salésienne,

Une salutation cordiale à vous tous ! Je voudrais vous dire ma joie de me retrouver avec vous, ici à Lourdes, et vous dire aussi mon appréciation pour les nombreuses initiatives que la Famille Salésienne est en train de mener en avant en France. Je vous apporte la salutation du Recteur Majeur et l'assurance de sa proximité. Il est en ce moment en train de célébrer l'eucharistie d’action de grâces en honneur des Salésiens, Martyrs Espagnols, qui dans la journée d'hier ont été élevés à l'honneur des autels.

Comme vous bien le savez, le titre de « Successeur de don Bosco » fait du Recteur Majeur le Père et centre d'unité de la Famille Salésienne. Je tâcherai de me référer à Lui, à son enseignement et à ses indications d'animation, dans la certitude que le Seigneur nous donne en sa personne une présence vraie et forte de don Bosco aujourd'hui.

Le sujet qui a été proposé pour l'intervention est « Qu’est-ce que la Famille Salésienne peut apporter à la société. » Nous nous interrogeons donc sur l'apport social de la Famille Salésienne.

Le terme « social »

Pour nous introduire au sujet, il faut clarifier le sens que nous donnons au terme « social ».

Nous pourrons mieux comprendre le sens de ce mot, peut-être, si nous excluons quelques sens collatéraux qui en réduiraient la compréhension. Par exemple :

« Social » ne s'identifie pas avec collectif; ce terme se réfère plutôt à la cohérence, à la cohésion d'un groupe qui a des projets déterminés, programmes, idéologies, etc. Non : « social » ne signifie pas « collectif », il va au-delà de chaque groupe.

« Social » ne s'identifie pas, non plus, avec politique; la politique occupe une partie vaste du domaine social; elle est très importante mais elle ne s'identifie pas avec social. Non, tout n’est pas politique. Le social est beaucoup plus large. Je peux penser à un Salésien Coopérateur médecin, avec sa profession il travaille magnifiquement dans le social, sans faire de la politique, dans le sens de politique de parti; ou un magistrat qui s'engage aussi dans le social..., mais qu'il ne fait pas de politique de parti. Encore plus, nous pourrions dire que, de faire ainsi, ils risquent de ne pas bien développer leurs professions.

« Social » ne s'identifie pas, non plus, avec civil; avec ce terme on se réfère en réalité aux droits-devoirs du citadin par rapport à l’État : C'est certes un aspect important. Mais avec le qualificatif de « social » on veut indiquer un domaine plus large.

« Social » c'est un terme qui se réfère à l'aspect constitutif de la nature même de l'homme, de la personne, en soulignant sa caractéristique d'exister, d’être en relation. On ne conçoit pas la personne si ce n’est pas en relation. Il suffit que nous pensions à l’origine et au développement de notre existence personnelle.

Tout homme et toute femme trouve la plénitude de son être et de son existence comme personne en relation avec l’autre, avec les autres. Personne et communion sont deux aspect complémentaires et inséparables. C'est un binôme toujours présent dans la société, qu’elle soit familiale, nationale ou mondiale.

Alors quand nous disons « social » nous voulons souligner un aspect essentiel á la personne humaine; mais, non seulement en abstrait, comme vérité philosophique, mais dans le contexte historique du procès actuel de socialisation et qui apparaît donc dans le sujet de la solidarité. Encore, la nôtre est une solidarité rachetée, celle des hommes et des femmes en Christ qui est réellement le nouvel Adam, souche de la nouvelle humanité. Cette solidarité, enracinée dans l'antérieur (celle qui ligue à Adam, homme faible et pécheur) naît de chacun, personne par personne, à travers l'adhésion libre de la foi. Ceci veut dire qu'on entre dans la solidarité du Christ non simplement par la naissance, mais par un choix ultérieur libre et personnel.

C'est une dimension, celle-ci de la « solidarité » au plus haut niveau, qui se situe à la racine du social; c'est une dimension qui aide à voir « l'autre », le « prochain » : et le prochain est avant tout l'autre quand celui-ci est dans le besoin.

Ensuite, dans la foi chrétienne, la solidarité de l'Église en tant que Corps mystique du Christ comporte chez tous les fidèles un engagement concret et actualisé pour développer la dimension sociale de la charité. Nous sommes appelés à tout ceci comme Famille Salésienne.

En regardant don Bosco

Comment Famille Salésienne nous nous posons ensuite une autre question. Don Bosco, a-t-il été un Saint « social » ?

La réponse est affirmative. Nous savons que don Bosco a été défini un saint « social », avec Saint Benoît Cottolengo et Saint Leonardo Murialdo : Les trois saints sociaux de Turin.

Pourquoi « social » ? Parce qu'il a déployé une mission typiquement tournée vers le renouvellement même de la société. Dans la première ébauche de ses Constitutions pour les Salésiens, il affirme précisément que les temps sont très tristes et il est urgent de renouveler la société par l'éducation de nouvelles générations de citoyens honnêtes.

Il avait une conscience claire de devoir réaliser une mission « sociale » parmi les jeunes les plus besogneux. Et il choisit -voilà le point à « témoigner » avec un dévouement total- la voie de l'éducation.

Nous sommes appelés au social surtout à travers la voie de l'éducation. C'est une vocation avec une identité précise, avec une méthodologie appropriée -le Système préventif- et avec un sens clair de la délimitation de ses frontières.

Nous connaissons désormais avec clarté les contenus de l'identité de notre choix repensée après le Vatican II. Pour nous Salésiens de don Bosco, la réélaboration de nos Constitutions nous a fait repenser aussi la dimension éducative de la charité. Voilà pourquoi aujourd'hui nous pouvons projeter la lumière du charisme de don Bosco sur les sujets importants de la dimension sociale : travail, politique, culture, communication, collaboration ecclésiale, en nous situant clairement sur le domaine éducatif-pastoral de notre mission spécifique.

Et ceci vaut le même pour la Famille Salésienne. Pendant que nous procédons dans les changements, nous devons savoir démontrer que nous restons identiques, ou mieux encore que nous grandissons, dans le charisme de don Bosco. Il fut certainement un Saint qui s'appliqua au développement et l'amélioration de la société.

Comment pouvons- nous exprimer notre engagement au service de la société ?

Quels sont les domaines dans lesquels pouvons-nous nous engager ? Nous devrions dire que notre vocation commune Salésienne a une grande ouverture à tous les domaines d'engagement, mais pour être plus explicites nous essaierons d’en identifier quelques-uns en particulier.

Avant tout le travail. Nous devons prendre beaucoup plus au coeur le monde du travail, les gens du monde du travail et les écoles professionnelles qui sont une caractéristique de notre vocation.

Jean Paul II, pendant son pontificat, nous a fait réfléchir, dans l'encyclique Laborem exercens, sur la problématique du monde du travail, en distinguant les deux versant celui du « travail objectif » (entendu comme technique, réalité matérielle) et celui du « travail subjectif » (entendu comme responsabilité existentielle de l'homme). Notre choix éducatif nous place surtout dans le second versant pour collaborer à l'édification d'une « culture » du travail.

En conséquence notre engagement devrait être au service surtout des jeunes ouvriers. Depuis toujours nos écoles professionnelles ont représenté un milieu charismatique privilégié. L'objectif de don Bosco était d’évangéliser les apprentis et introduire dans le monde du travail de nouveaux groupes ouvriers vraiment chrétiens, qui connaissent la doctrine sociale de l'Église, qui engagent leur foi dans leurs propres métiers, qui ne se laissent pas emporter par les modes idéologiques et égoïstes, qui soient ouverts à la solidarité du « bien commun », etc., ce qui n'est pas facile à réaliser. C’est à repenser avec courage et intelligence toute la manière de réaliser, en vue du monde du travail, l'éducation à la foi.

Puis le monde du travail nous met en contact avec la dure réalité des immigrés qui souvent n'ont personne qui s’occupe d'eux, qui les accompagne sur le chemin de l’insertion dans la société, qui les aides à régulariser leurs situations, qui les aides à avoir une perspective d'espoir dans la vie. Et parmi eux ils sont nombreux les jeunets.

Comme groupes laïcs (surtout les Coopérateurs et les Anciens et Anciennes de don Bosco, mais aussi les Volontaires de don Bosco) je pense à l'influence positive que nous pouvons aussi exercer directement dans nos milieux de travail. Même dans ce contexte, en nous rangeant en faveur de tout ce qui représente la valeur de la dignité des personnes, surtout de celle qui est plus jeune et qui est en train de commencer son chemin comme travailleur…

Un second domaine important est celui de la politique. Il est clair qu'il y a deux niveaux dans la politique : le niveau du Bien Commun (la Politique avec le P majuscule) qui est un devoir de tous les citoyens et le niveau du projet historique pour l’exercice du pouvoir qui s'exprime d'habitude à travers les activités des partis politiques. Tous les deux niveaux sont en eux-mêmes bons et indispensables. Cependant avec une différence : Le premier niveau est à tous et pour tous, et personne ne peut se refuser le propre engagement; le seconde est un rôle propre des laïcs qui se sentent appelés à s'y impliquer. Aujourd'hui, dans une société démocratique, il faut que tous les citoyens, pour être « honnêtes », aient une compétence suffisante dans la politique du Bien Commun et dans la connaissance du rôle du propre service de l'exercice du pouvoir.

Nous devons aussi constater comme négatif qu'aujourd'hui existe souvent un état de passivité de simples citoyens faces aux choix politiques. Mais celles-ci sont extrêmement importantes parce qu'elles vont toucher le monde des valeurs des personnes. Parfois, nous nous voyons malheureusement obligés à subir le flot d'une culture radicale et libertaire qui nous propose des lois et coutumes de vie, que nous trouvons franchement écartées d'une conception saine de l'homme et de la société. Tout ceci confond le citoyen normal et simple dans son cadre de valeurs humaines et chrétiennes.

Un engagement sérieux dans la politique signifie être personnes offrant des pensée, des réflexion, des propositions, des interventions concrètes, pour ce qui est possible.

Finalement donc, par rapport au niveau de la politique comme exercice du pouvoir, il nous faut aussi avoir une compétence doctrinale éthique, pas pour participer à la vie des partis, mais pour aider et éduquer les laïcs (et nos jeunes les sont) à savoir s’engager chrétiennement. Tout ce que nous faisons au niveau politique, nous le faisons pour que la foi chrétienne soit la lumière et la stimulation pour devenir « honnêtes citoyens ».

Troisième domaine : La culture. Nous considérons la culture comme la patrie de notre mission. L'éducation, en effet, fait partie fondante en chaque culture. Si nous voulons que tout le peuple ait une culture, il est nécessaire qu'il y ait un processus éducatif (initiale et permanente) qui en assure la qualité et le développement.

Nous ne devons jamais oublier que don Bosco a choisit cette voie pour notre mission. Voilà pourquoi les initiatives qui nous éloignent du domaine éducatif culturel éveillent en nous le soupçon et peuvent être, sous l'aspect de la vocation, déviantes. Le fait que le concept culture ait réalisé, depuis le siècle dernier à aujourd'hui, un virage anthropologique devrait nous faire aussi assumer avec une plus grande responsabilité l'aspect de mission « populaire » propre du charisme de don Bosco. Celle-ci a été une grande priorité dans la vie de don Bosco. Étendre son message, sa formation humaine et chrétienne aux milieux populaires. Faire formation et culture pour tous.

Quatrième domaine : La communication sociale. Comme nous tous nous savons les médias sont un grand véhicule d'idées et de culture. Don Bosco depuis le début de sa mission avait deviné la grande potentialité de ces médias pour étendre le rayon de son action. Comme Famille Salésienne nous espérons et nous nous proposons de pouvoir avancer selon les exigences des temps. Quand nous parlons de ce domaine, nous devons tenir présent qu'il y a, au-delà des médias actuels de communication sociale, beaucoup d’autres initiatives connues et que, peut-être, nous ayons laissé un peu se perdre: la musique, le théâtre, le sport, le tourisme, etc. Ceux-ci sont ambiances concrètes où nous pouvons développer beaucoup d'initiatives.

Encore, en rappelant ici aussi la dimension populaire de la mission Salésienne qui a poussé don Bosco à s’impliquer à fond dans la bonne presse, à écrire et éditer les Lectures catholiques, à communiquer avec le peuple avec des initiatives attirantes, et en même temps, en pensant aux possibilités qui nous offrent les mass-médias actuels, il faut dire qui s'ouvre toute une vaste frontière pour notre activité sociale de caractère éducative, juvénile et populaire.

Voilà : Si don Bosco, en son temps, s'était déjà audacieusement appliqué de sorte à vouloir être à l'avant-garde du progrès sur ce domaine, combien plus ne devrions-nous nous sentir stimulés à nous y engager et à éviter de nous enfermer dans le seul secteur des oeuvres éducatives. Celles-ci sont importantes, mais l'action de la Famille Salésienne devrait rayonner sur toutes les réalités du territoire et de la société.

Il faut dire ici que nous devons bien nous réveiller, savoir être créateurs, sentir vivement le problème et savoir collaborer avec l'Église locale qui, peut-être, ait déjà des initiés sur le thème.

Finalement : la coresponsabilité ecclésiale. Le Concile nous a fait approfondir le mystère de l'Église comme communion et participation active. Il me semble que, dans ce domaine, nous avons fait des bons pas en avant. Aujourd'hui il y a aussi chez les laïcs une plus grande conscience de la propre appartenance ecclésiale. On comprend mieux l’importance de s’impliquer dans la mission de l'Église sur un territoire déterminé, même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour devenir vraiment « coresponsables ». De notre part nous devons faire de manière à nous présenter comme authentique « charisme » ecclésial, c’est-à-dire, comme « don » du Seigneur et de la Sainte Vierge à l'Église (universel et locale) et ne jamais apparaître comme un ghetto ou un frein. Se faire apprécier pour être impliqué en plein dans la mission de l'Église. La Famille Salésienne a une grande potentialité missionnaire. Elle peut s’impliquer positivement en tous ses membres, laïcs et religieux, et en son ensemble, dans son unité charismatique.

En conséquence : Même en considérant seulement ces cinq domaines d'action, nous percevons avec évidence un vaste horizon de nouveauté d'engagement pour notre mission en vue à traduire en pratique la dimension sociale de la charité.

Engagement social et territoire

Quand nous parlons de Famille Salésienne, en saisissant aussi que celle-ci a une dimension mondiale, nous devons penser que son engagement spécifique se réalise puis avec une grande concrétion sur un territoire déterminé. Comme nous tous nous savons, c'était une préoccupation constante de don Bosco celle d'associer et réunir le plus grand nombre de forces qui pussent l’aider dans sa grande mission juvénile.

En tenant compte que tous nos groupes ou congrégations ont des devoirs spécifiques, liés à la spécificité de la propre vocation nous devrions mûrir la conscience de qu’une action sur le territoire serait beaucoup plus forte à partir du moment où nous nous exprimions comme ensemble, c’est-à-dire, comme « Famille Salésienne ».

Voilà l'image que don Bosco présentait, quand il prétendait promouvoir une plus grande union de ses forces. « Un fil mince, disait-il, pris tout seul et soumis à la traction il peut se rompre très aisément, mais un ensemble de fils, opportunément entrelacés entre eux, font une corde si robuste que personne ne pourra jamais la rompre ». Aujourd'hui les défis sociaux et éducatifs sont très grands et souvent il nous semble d'être un rien devant les grands problèmes que nous devrions affronter pour le bien des jeunes et de la société même. Voilà pourquoi nous devrions privilégier une action synergique. Celle-ci aura sa première réalisation dans un travail plus largement coordonné entre les différents groupes de la Famille Salésienne, mais on pourra s’ouvrir à la collaboration féconde avec d'autres groupes sociaux et ecclésiaux qui soient intéressés aux mêmes objectifs. Le tout pour influer avec plus force et efficacité sur les niveau social, politique et ecclésial. Don Bosco agissait ainsi, en promouvant un authentique mouvement pour le salut de la jeunesse. Nous devons agir de même aujourd'hui, provoqués par les grands problèmes qui préoccupent le monde et animés, dès l’intérieur, par le même idéal de notre Père et Maître don Bosco.

Concrètement pour agir ensemble sur le territoire il est nécessaire :

Connaître bien les défis pastoraux de la société et de l'Église locale dans laquelle s'insère la Famille Salésienne : Défis généraux et défis spéciaux pour la mission spécifique Salésienne.

Entrer en contact d'appréciation et de collaboration avec les Évêques et avec les forces vives de l'Église, en privilégiant les personnes, les groupes et les forces les plus conformes à notre mission spécifique. L'Église locale doit nous considérer de la maison et pas des hôtes et des intrus.

Entrer en contact d'appréciation et de collaboration avec les forces de la société civile intéressées directement ou indirectement à la mission de la Famille Salésienne. La ville ou la région doit sentir le bénéfice de nos initiatives et pouvoir nous considérer aussi de la maison.

Réaliser une réflexion commune, au niveau de Consulte de Famille Salésienne, et choisir quelques domaines d'action, quelques projets et stratégies qui puissent effectivement répondre aux besoins de la société et de l'Église du territoire.

Mettre en action les projets, soigner leur réalisation. Faire une évaluation adéquate avec des vérifications périodiques.

C’est ainsi que la Famille Salésienne pourra affronter l'ensemble des défis pastoraux et sociaux locaux avec l'ensemble des engagements spécifiques de la mission Salésienne, pour déterminer les urgences pastorales et pour répliquer avec des réponses adéquates en donnant origine à un Projet commun sur le territoire.

Conclusion

Chers Frères et Sœurs de la Famille Salésienne, je souhaite que cette rencontre soit pour nous tous un moment pour renforcer notre appartenance au grand mouvement charismatique que don Bosco a voulu déclencher, sous l'action de l'Esprit Saint. Don Bosco même nous aide à concrétiser notre engagement Salésien, surtout au service des jeunes et à être concrètement engagés dans le tissu social de notre territoire.

Merci pour ce qui est déjà fait. Merci pour l'enthousiasme avec lequel vous continuerez votre engagement dans la société et dans l'Église.

Lourdes, 29 octobre '07

Don Adriano Bregolin-sdb

Vicaire du Recteur Majeur

 

 

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