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Être religieux : un choix de vie, avec
pour ligne directrice les conseils évangéliques. Mais quel est
le sens de cet engagement aujourd’hui ?

Dans notre monde, en effet, où le
développement tous azimuts des facilités de crédit laisse
croire à tant et tant que tout peut s’acheter tout de suite,
choisir la pauvreté semble une provocation. Quand un discours
prétendument psychologique illusionne tant et tant de jeunes, en
laissant croire que l’épanouissement provient de la
multiplicité des expériences amoureuses, choisir la chasteté
dans le célibat paraît aberration d’un autre âge. Quand l’astuce
des dirigeants consiste si souvent à faire croire aux dirigés qu’eux-mêmes
prennent les décisions, choisir l’obéissance a des relents d’infantilisme.
La vie religieuse ne serait-elle qu’une de
ces formes aberrantes, venues tout droit du passé, que quelques
rétrogrades, conditionnés par une éducation aliénante, veulent
à tout prix continuer de faire survivre ? Je sais que je n’échappe
pas à ces jugements hâtifs et corrosifs, en particulier dans le
milieu de mes collègues travailleurs sociaux. Mais peut-être
est-ce justement parce qu’elle est de moins en moins comprise
que la vie religieuse me semble de plus en plus actuelle, car elle
revêt alors avec vigueur ce que jamais elle ne devrait cesser d’être :
une force d’interpellation.
Choisir la pauvreté, le célibat et l’obéissance
ne signifie pas condamner la propriété, l’amour humain et l’exercice
du pouvoir. Chacun sait bien que l’homme se réalise dans l’exercice
des responsabilités, et qu’il n’existe rien de plus beau que
l’amour humain. Non, ce que signifient les vœux, c’est que ni
l’avoir, ni le pouvoir, ni l’amour ne peuvent trouver en eux-mêmes
leur propre finalité. La vie religieuse n’est pas condamnation,
mais interpellation d’un groupe d’hommes ou de femmes
choisissant au nom du Christ de tout mettre en commun et de s’aimer
comme des frères ou des sœurs.
A un jeune qui me demandait, en évoquant ce
qui, lorsqu’il regardait ma vie, lui semblait un énorme
gâchis : « Mais pourquoi ? », plutôt que
me lancer dans de grands discours, je préférais répondre
joyeusement : « Peut-être simplement pour que tu te
poses cette question ».
Car, si la vie religieuse est force d’interpellation,
c’est qu’elle est chemin de bonheur, bonheur dont le secret
est contenu dans le chant des Béatitudes. En renonçant à ce qui
apparemment fait le bonheur de l’homme, pour jouir de la
liberté la plus grande possible au service de l’annonce de la
Bonne Nouvelle, voici que le cœur du messager s’ouvre tout
entier à la joie du message.
Pour les disciples de Jean Bosco, que j’ai
rejoints voici vingt-huit ans, ce sont les jeunes,
particulièrement les plus défavorisés d’entre eux, qui sont
les destinataires privilégiés de cette annonce. Je crois en
effet que le message d’amour et de bonheur contenu dans l’Evangile
est prioritairement destiné à tous les exclus de la terre, en
particulier ces jeunes, déboussolés dans notre monde en crise,
qui grandissent sans parfois trouver d’autres chemins que la
délinquance, la drogue ou la prostitution.
Pour pouvoir rencontrer ces jeunes, il faut d’abord
savoir les rejoindre dans leur vie quotidienne, et prendre le
temps de cheminer discrètement, humblement, en leur prodiguant
confiance et respect. La pauvreté et la disponibilité, que me
confère mon célibat, sont des atouts pour cette rencontre. C’est
dans ce « vivre avec les jeunes » que résident notre
originalité et notre joie profondes de disciples de Jean Bosco.
Éduquer en évangélisant et évangéliser en
éduquant, telle est en effet la devise qui inspire notre projet
religieux et remplit de bonheur notre vie.
Jean-Marie PETITCLERC
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