Aujourd’hui le mot du soir peut être
remplacé par le mot du matin, suivant les œuvres. Chacun adapte
la formule en fonction du public et du lieu. Deux expériences
sont présentées : l’une au lycée Don Bosco à Marseille,
l’autre en formation BAFA salésien. Deux réalités
différentes qui montrent que ces petits mots sont toujours d’actualité.
|

|
Raphaël Raphaël Janiec :
« je préfère « le mot à l’oreille »
beaucoup plus pertinent où nous entrons en relation et de
la qualité de cette relation dépend la qualité de l’accompagnement. » |
Raphaël Janiec est responsable de la Pastorale
au Lycée Don Bosco : « Normalement nous devrions faire
« des mots du soir » mais nous n’avons plus de
pensionnaires et c’est très difficile de retenir les élèves
le soir pour un mot. Les différentes heures de sortie des
élèves et les stages en rendent l’organisation difficile. C’est
donc pour des raisons pratiques que nous faisons les mots du
matin. Tradition fait aussi penser à « transmission »
comme si on passait de main en main une lettre de bonne nouvelle.
La tradition, c’est une manière de vivre ensemble. C’est un
savoir-faire et un savoir-vivre. Personnellement je préfère
« le mot à l’oreille » beaucoup plus pertinent où
nous entrons en relation et de la qualité de cette relation
dépend la qualité de l’accompagnement. Le contenu de ce mot
dépend de la personne qui l’anime. Le chef des travaux, le
responsable de la formation continue, etc…. Pour ma part, j’essaie
de parler de Don Bosco ou des personnages de l’évangile comme
Jean-Baptiste, ou d’un ascète… et je pose une ou deux
questions, par exemple « quel sens peut-on donner à
Noël ? » ou je commente un proverbe… J’essaie de
faire passer un message sur le respect ou sur une action menée
pendant le carême. Le thème est abordé comme un monologue,
même si parfois les élèves réagissent. Sur le plan
organisationnel, on demande une fois par semaine aux classes de
terminales de venir dans une grande salle pour écouter ces bonnes
paroles. On convoque un niveau différent chaque jour, ce qui fait
entre 50 et 80 élèves à la fois. Le plus difficile est de
trouver des thèmes susceptibles de toucher de la même manière
les étudiants de BTS et les élèves de CAP. Idéalement il
faudrait préparer plusieurs thèmes par semaine. Les intervenants
sont les membres du conseil de direction et quelques profs. La
durée du mot du matin est de 3 à 6 minutes. L’impact sur les
élèves est très difficile à savoir. Les élèves arrivent
souvent endormis et nous avons l’impression que le réveil n’a
pas sonné. Certains professeurs participent et consacrent
quelques minutes de cours pour poursuivre la réflexion. Le thème
du mot du matin est affiché dans la salle des professeurs et au
secrétariat. Cela permet à tout le monde dans la maison, les
professeurs comme les personnels d’administration d’être au
courant du sujet. Personnellement j’ai l’impression d’une
grande indifférence. Nous avons fait l’expérience de confier
le mot du matin à des élèves pour que cela soit des jeunes qui
parlent à d’autres jeunes. Mais tout dépend de la pertinence
du message. »
|

|
Bafa Un support visuel durant le Bafa
salésien, qui évolue au fil des jours
Camp Que le petit mot soit donné le
matin, le midi ou le soir, il reste, dans la tradition de
Don Bosco, un élément pédagogique essentiel. |
Mot du matin et mot du soir font partie du
programme de formation du BAFA salésien. Cela apporte un plus,
apprécié par les stagiaires. Xavier de Verchère, coordinateur
des formations, s’explique : « Le mot du matin et le
mot du soir forment un couple inséparable. Le matin introduit la
journée, il l'ouvre et chacun reçoit cette journée en quelque
sorte avec ses habitudes et ses découvertes à faire. Le soir
clôture les activités. C'est un vrai retour au calme et retour
à l'essentiel. J'aime ce binôme lancement et retour. Ce rite
nous montre que le temps ne s'écoule pas n'importe comment mais
que nous l'avons pleinement vécu et habité, voire transformé.
Par rapport au contenu, le matin s'oriente vers le programme de la
journée, le soir vers une réflexion spirituelle ou morale, sur
la vie de groupe, la différence, etc. Chacun est invité à la
réflexion et l'intériorité. Les stagiaires apprécient ce temps
car il n'est pas culpabilisant ou critique. Peut-être en ont-ils
trop fait l’expérience ! Dans son fonctionnement, nous
passons à tour de rôle entre formateurs. Chacun a sa manière de
procéder. L'important du mot du matin et du soir est sa
régularité et sa pertinence. Toucher le groupe dans ce qu'il
vit. Viser juste. Ils sentent si on est attentif à ce qui se vit
de l'intérieur mais qui ne se dit pas ouvertement. Notre rôle
est de dire ce qui se vit d'essentiel et surtout de voir ce qui se
fait de beau de vrai et de bien. »
Les temps forts avec les jeunes et les camps d’été
sont des moments propice au mot du soir et du matin. Par le mot du
matin, l’animateur pourra orienter la journée avec un point d’attention
à tenir pour garder une bonne ambiance au sein du groupe. Le mot
du soir permettra de relire la journée passée. Certains centres
de loisirs proposent même le « Mot du Midi » autour d’un
thème lié à la vie de l’enfant, ou à l’actualité.
Ainsi les différentes activités ne sont pas
vécues séparément mais sont reliées pour leur donner du sens.
Un trésor que nous a laissé Don Bosco à
redécouvrir et à réadapter en fonction du lieu et des occasions
qui se présentent.
Propos recueillis par Vincent GRODZISKI