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Don Bosco, orphelin de père à deux ans, rêve
d’être prêtre. Mais dans une famille de pauvres paysans
piémontais, voilà un rêve trop cher ! Pourtant, avec le
soutien de sa mère, le chemin se trace, les portes s’ouvrent.
Devenu prêtre, il n’oublie pas son rêve, ni d’où il vient.

Il devient prêtre à coups de pouce, à coups
de main, à grands coups de bienfaits dont il faut avaler l’amertume.
Quand il est prêtre, il en a tellement assez qu’il veut prendre
pour modèle St François d’Assise. Pour sauver les pauvres, il
faut leur ressembler. C’était facile, il était pauvre d’avance :
il n’avait qu’à le rester.
C’est alors que, dans une sacristie, un matin
de décembre 1841, le Seigneur lui envoie un gosse dans les
jambes, un certain Barthélémy Garelli, puis dix, puis cent…
Tous des garçons qui avaient fui la campagne et que la ville
rejetait. Là, dans ce bas-fond du Valdocco où l’on suppliciait
les malfaiteurs. Que faire ? Mendier ne suffit plus. Don
Bosco est obligé de faire des miracles. Faire des miracles, c’est
savoir qu’il y a des choses visibles et des choses invisibles. C’est
vivre en fonction de l’invisible. Les gosses augmentent, les
maisons poussent, les ateliers s’élargissent.
Et Don Bosco travaille, se tue pour que ses
garçons n’aient, un jour, à dire merci qu’à eux-mêmes. Il
leur donne des métiers d’abord, ceux qu’il a lui-même
appris : cordonnier, tailleur. Et puis, comme il faut
diffuser ce qu’il écrit : imprimeur. Sauver les âmes des
gens, c’est bien ; mais jamais personne n’a sauvé une
âme qui a le ventre creux.
Après l’Italie, l’Europe se couvre de
maisons de Don Bosco. Et puis, miracle ! L’invisible est
dans le coup. Au sud de l’Argentine, la Patagonie. Un nom à ne
pas coucher dehors : une espèce de vestibule de l’enfer.
Don Bosco, comme s’il n’en avait pas assez de sa bagarre avec
la misère qui l’entourait, se mit à rêver d’aller chercher
des histoires, là-bas, et de changer l’enfer en jardins de l’Alhambra.
Il rêve de choisir aussi des garçons qui l’assisteraient,
s’acharneraient à leur tour à sortir les autres de la misère
d’où ils étaient sortis. Qui sait ? Des garçons qui,
peut-être, resteraient avec lui, formeraient une famille dont il
serait le père, et continueraient après lui… Il rêve encore
que ses anciens élèves, éduqués, établis, formeraient dans la
société ouvrière une élite, professionnellement et
humainement : des ouvriers modèles et des chrétiens
exemplaires. C’est possible, oui ou non, de déplacer les
montagnes ?
Ce dynamisme n’est pas éteint. De Tokyo à
Punta Arenas, des hommes et des femmes, religieux et religieuses,
laïcs et prêtres, œuvrent dans le même esprit de simplicité
et de jovialité. Ça ne veut pas dire que tout est rose. Le
christianisme est un explosif, pas une tisane. Mais quelle que
soit la difficulté, on se sent engagé dans une aventure soutenue
par un dynamisme spirituel capable de déplacer les montagnes. Le
dynamisme d’un rêveur qui continue de rêver car chacun a, lui
aussi, des miracles au bout des doigts.
D’après Angelmont GARNIER
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