DBA N°946

Un cœur bien musclé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brice raconte

Qu’est-ce qui est noir et orange, qui mesure plus de deux mètres et qui saute très haut ? Vous avez deviné ? Bon, je vais vous aider : l’orange, c’est un gros ballon que le noir jette dans un panier. Ça y est ? Ma chambre est tapissée de posters de Magic Johnson, du Dream Team aux J.O. de Barcelone, de Michaël Jordan, de Ben Wallace, … J’en suis dingue, ça me fait rêver. J’ai des sweat-shirts avec le taureau rouge des Chicago Bulls.

 

Ma petite sœur Marie-Ève se moque de moi. Elle, c’est plutôt Andrea Boccelli à côté de Kandinski. Disons que c’est déjà mieux que sa période pastel rose et bleu avec « Tartine à la mer, Tartine à la montagne, Tapapouf à la ferme ou au cirque ». Y a aussi des copains qui rigolent et qui méprisent le muscle, mais c’est pas des vrais copains. Je les laisse à leurs chips, limonades et michelins présents ou futurs autour de la ceinture.

 

D’accord, je ne suis pas un crack pour les études, mais pourquoi tout le monde devrait être intello avec des lunettes sur le nez, hein ? D’ailleurs, je ne suis pas tout à fait minable en face des maths et de la littérature, c’est juste que je ne veux pas consacrer tout mon temps à l’école, ma vie vaut mieux que ça. Moi, j’aime bien bouger.

Alors, pour le moment, c’est vrai, j’ai le basket en tête. Mais je pense que si tout le monde faisait du sport la planète irait mieux, les gens seraient en meilleure santé, et ils seraient plus humains. Enfin, je crois, parce que c’est pas gagné, y a sport et business, mais moi, je parle du sport, c’est là que je me suis fait de vrais amis, comme Pierre, Bertrand et Damien. Par exemple, Dieu, c’est pas un vrai ami, c’est une colle. C’est un copain de l’école, il a des lunettes, toujours fourré dans des bouquins, avec un teint de yaourt à la banane et des muscles en fromage blanc. Je lui dis toujours : « Dieudonné, bon Dieu, mais bouge-toi un peu, fais de la natation, du vélo !… ». Mais là, je m’égare, ce que je veux dire c’est qu’au basket, c’est l’esprit d’équipe, tandis que l’école, c’est la compétition et le mépris insupportable. Y en a qui se voient déjà chercheurs aux Etats-Unis, et ça frime à mort. Au fond, ce ne sont que des petits malins avec des petits bras et un petit cœur atrophié.

 

Contrairement à ce qu’on croit, le sport n’est pas le lieu du plus fort : c’est aussi l’endroit où l’on perd, ça arrive souvent, et dans la vie, il faut apprendre à perdre. Sur mille athlètes, un seul gagne, les autres sont « faibles », et pourtant, ils sont admirables, sans eux il n’y aurait pas de jeu, pas de spectacle. Les perdants, je les trouve émouvants. Parfois on a la rage, parfois on pleure, alors on se console ensemble, et c’est bon. Souvent on rit. C’est très fort, le sport.

 

Au basket, on se donne à fond, c’est très physique, violent même, mais quand l’arbitre siffle, on s’arrête. Eh bien dans la société, la violence et la guerre ne s’arrêtent pour ainsi dire jamais, y a pas un président, pas un juge, pas même un policier qui peut arrêter ça. Le sport, le vrai, c’est une école du droit, du respect, de la solidarité, de la générosité. Ça muscle le cœur.

 

Jean-François Meurs

 

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