DBA N°945

J.O. de Pékin : le fauteuil et la raquette

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Armelle Fabre

 

 

 

 

 

 

 

 

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Armelle Fabre est une belle jeune femme à l’allure sportive qui respire la joie de vivre. Il pourrait en être autrement car à l’âge de dix-neuf ans, elle a été victime d’un accident qui l’a rendue paraplégique. Mais loin de se laisser abattre, elle a décidé de lutter et de choisir la Vie.

DBA : Après un accident qui change votre vie à ce point, comment avez-vous repris confiance, quel a été votre moteur pour croire en un avenir autrement ?

Armelle Fabre : Il faut du temps. La rééducation a duré un an avant de pouvoir sortir. On est coupé du monde et on ne sait pas du tout ce que sera la vie en fauteuil roulant. Ma famille, mes parents, mon frère, ma sœur, les amis m’ont soutenue, entourée. 

Puis très vite, il y a eu la motivation sportive. En clinique de rééducation, j’ai rencontré des gens du même âge que moi à qui il était arrivé la même chose. Ils faisaient du sport en fauteuil roulant dans le cadre d’une association. J’ai rejoint cette association et avec eux j’ai pu faire du basket, du ski alpin et du tennis. Cela m’a donné la possibilité de sortir de la clinique, de redécouvrir le monde en dehors.

DBA : Vous êtes devenue une sportive professionnelle, numéro 2 du classement national pour le tennis en handisport. Le tennis en handisport est-il très différent du tennis classique ? Comment avez-vous eu le courage de vous lancer dans le handisport ? 

A.F. : Le tennis est ce qui m’a aidée à me reconstruire quand je suis sortie de la clinique, à trouver des repères. C’est devenu mon activité principale car j’ai très vite lâché des études dans une université qui n’était pas accessible en fauteuil pour me centrer sur le sport. Cela m’a permis de me déplacer, de rencontrer des gens. Au début, c’était même un but pour vivre. Les règles du tennis, les classements des joueurs sont les mêmes que pour les joueurs valides. La seule différence en handisport est qu’on a droit à deux rebonds pour la balle. Ce sport implique d’être toujours en mouvement. On tient la raquette d’une main et de l’autre le fauteuil. Il faut être très rapide. Ma personnalité, ma volonté, ma famille, mes amis m’ont aidée à me lancer dans cette aventure.

DBA : On m’a dit que vous étiez très à l’aise à l’égard de votre handicap, du regard des autres sur vous. Comment êtes-vous arrivée à vous situer librement, à être vous-même au cœur de votre handicap ?

Dans un premier temps, il faut se redonner à soi-même. Quand on accepte le regard des autres, c’est qu’on accepte le regard sur soi-même dans le fauteuil. Tout commence par ça. 

DBA : Vous avez été sélectionnée pour participer aux Jeux Olympiques d’Athènes. Comment avez-vous vécu ces jeux ?

A.F. : Il n’y a pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu. C’est l’aboutissement d’une carrière de sportif. J’espère que les athlètes valides qui gagnent beaucoup d’argent vont aux J.O. pour autre chose que l’argent. En handisport, on ne gagne pas d’argent en jouant. Je vis ces jeux comme un regard sur les différentes nations, les différents handicaps et les moyens de les surmonter par le sport et j’ai reçu des leçons de la part d’autres handicapés.

Ce qui est beau, c’est la solidarité, le partage : toutes les rencontres au village olympique, la joie et les applaudissements quand l’un d’entre nous revient avec une médaille, les échanges au cours des repas au restaurant olympique. Les cérémonies d’ouverture et de fermeture sont poignantes.

Mon mari, mes parents, ma marraine qui sont venus avec moi ont aussi vécu quelque chose d’extraordinaire.

Il y a trois défis à relever aux Jeux Olympiques : celui de la qualification pour y aller, la concurrence sur place, l’expérience humaine. C’est très beau de partager avec d’autres ce défi.

On est heureux aussi de donner envie à d’autres personnes handicapées d’essayer le sport.

Dans quelques mois, je pars de nouveau représenter la France à Pékin.

DBA : Vous êtes mariée. Votre mari est-il handicapé ? Est-il sportif lui aussi ?

A.F. : Je vis à Alès. Il y a un club de tennis aménagé, accessible aux fauteuils à côté de chez moi et un professeur qui est le coach de l’équipe féminine de France de tennis handisport. C’est là que j’ai rencontré mon mari. Il n’est pas handicapé. Il est le gérant du camping. Grâce au tennis, j’ai trouvé ma place dans la société et avec mon mari. Avec lui, nous faisons de la randonnée en « quad » ensemble, c’est formidable.

DBA. Les défis que vous relevez montrent que la vie a de l’importance pour vous. Vous faites tout cela pour vivre. Quelle notion de la vie avez-vous, qu’est-ce qui fait que la vie a tant de valeur pour vous ?

A.F. : La vie a encore plus d’importance pour moi depuis que j’ai eu mon accident. J’ai acquis une certaine philosophie : il faut vivre pleinement le moment présent, essayer de profiter de tout ce qu’on peut faire, de tout ce qui nous est donné. La vie est précieuse, il ne faut pas la gâcher.

DBA : Nous sommes un journal qui s’adresse aux parents, éducateurs, animateurs de jeunes. Il y a tant de forces de mort aujourd’hui dans le monde des jeunes, aimeriez-vous dire quelque chose aux jeunes ?

A.F. : Aux jeunes, c’est à la fois facile et difficile de donner des leçons. Ils ont leurs problèmes et parfois encore plus importants que les miens. Il faut se battre dans la vie. Si un jour il leur arrive à eux ou à quelqu’un de leurs proches la même chose qu’à moi, il faut croire qu’être en fauteuil, ce n’est pas le handicap le pire. La vie ne s’arrête pas. Ce n’est pas la fin de la vie, ni la fin du monde. J’arrive à être autonome avec mon fauteuil.

Aux jeunes, ce que je demande, c’est le respect. Ce n’est pas forcément leur faute d’en manquer. Mais ils doivent alors l’apprendre : le respect des personnes en fauteuil. Ne pas se moquer, ne pas râler parce que cela ralentit la queue d’une caisse de supermarché par exemple… Ils peuvent penser qu’un jour des gens en fauteuil pourront leur apporter quelque chose.

J’ai envie de donner aux gens le bon côté de la chose. Grâce au tennis, j’ai fait le tour du monde, je rencontre des tas de gens. Je suis heureuse de vivre. Tout le monde ne s’en sort pas comme moi, c’est vrai. Mais je suis offusquée parfois de l’image des handicapés dans les médias. Quand par exemple au Journal de vingt heures, on montre des handicapés qui se plaignent toujours parce que le monde ne leur est pas adapté. Je voudrais qu’on montre des handicapés heureux. Nous aussi on peut aider les autres.

Propos recueillis par Joëlle DROUIN

 

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