| DBA N°945 |
DOSSIER : Les notes, 3 |
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La note, trace indélébile de l’évaluation Yves-Olivier Chatard est psychologue et formateur en CFP - Centre de Formation Pédagogique, lieu de formation des professeurs des écoles pour l’enseignement privé.
DBA : « En tant que psychologue, pouvez-vous nous dire la répercussion des notes sur les élèves » Yves-Olivier Chatard : « Il me semble qu’il y a deux répercussions majeures : affective et sociale. Celui qui a une mauvaise note est marqué comme n’étant pas l’élève idéal. On peut alors croire qu’une note positive encourage alors qu’elle peut parfois être perçue comme une nouvelle barre à franchir.Dans la société, la note représente toujours un reflet de soi et n’est donc pas seulement considérée comme un résultat. A ce titre, l’expression « être des notes » serait plus appropriée qu’« avoir des notes ». Les gens se souviennent de leur notation surtout quand elle était négative. Ils peuvent restés marqués à vie. Une personne peut ne pas se sentir intelligente parce qu’elle n’a obtenu que de mauvaises notes tout au long de sa scolarité. Elle peut ainsi avoir du mal à se construire, avoir une mauvaise image d’elle-même et ne pas réussir pleinement à être épanouie dans la société. »
DBA : « La répercussion sur l’orientation professionnelle peut donc être très importante ? » YO.C. : « Bien sûr car le principal, dans l’orientation professionnelle, est l’estime de soi. Croire en soi, oser aller de l’avant est plus fondamental que toutes les techniques mises au point pour orienter les élèves. Or la notation ne pousse pas toujours l’enfant à croire en lui et pour combler le tout l’adulte en rajoute parfois une couche et l’enfonce encore plus. La note en effet est comme une trace indélébile de l’évaluation d’un autre, qui peut marquer à tout jamais. »
DBA : « Que conseillez-vous aux futurs professeurs des écoles ? » YO.C. : « La formation invite les futurs enseignants à mettre de l’humanité dans l’évaluation et à dialoguer avec les enfants sur les résultats. Le vécu de l’enseignant reste cependant plus fort que la formation qui est dispensée. Souvent, les professeurs refont ce qu’ils ont vécu. La formation initiale étant courte, la représentation de l’élève noté devrait être poursuivie en formation continue. Je crois en effet que la meilleure formation sur l’élève est la réflexion, alimentée par la pratique ; cela demande du temps et de prendre clairement conscience de ses propres représentations. Encore une fois, sans remise en cause, on pratique comme on a subi. »DBA : « Est-ce utile d’évaluer ? » YO.C. : « L’évaluation est une référence à une norme, utile mais dangereuse à supporter et à tenir. Le défi est de restituer les résultats le plus humainement possible, avec une épaisseur humaine, notamment à ceux qui ne sont pas dans la norme, ceux qui sont aux extrêmes. Il s’agit d’être réaliste et de ne pas mentir aux élèves sur leurs capacités intellectuelles et sur ce qui les attend, en conséquence, sur leur chemin d’apprentissage et de vie. Il faut leur dire avec beaucoup de respect et en valorisant leur savoir-faire et leur savoir-être. La route peut-être ardue mais chacun doit savoir où il va et faire ses propres choix en toute connaissance. La question qui se pose au système scolaire et à la société, de manière générale est de savoir si nous sommes capables d’aider ceux qui ne sont pas dans la norme ? » DBA : « Quelle serait la meilleure façon d’évaluer ?» YO.C. : « Dans un premier temps, l’évaluateur devrait revenir à son propre rapport à la notation qu’il a eu étant enfant, se rappeler de quoi il a souffert, ce qui l’a inhibé, encouragé, etc. Ensuite, il faut revenir à la définition du mot évaluer c’est-à-dire donner de la valeur au travail qui est produit et non pas être dévalorisé parce qu’on ne produit pas un bon travail. Il faut en effet distinguer ce qui est du travail rendu et de la personne qui le rend : l’élève n’est pas que son travail. » Pour aller plus loin Cahiers pédagogiques n°438, décembre 2005 : l’évaluation des élèves.L’évaluation dans l’école, nouvelles pratiques de Louise M. Bélair, 1999. La constante macabre d’André Antibi, 2003. Les notes : la fin du cauchemar ou en finir avec la constante macabre d’André Antibi, 2007 Mouvement Contre La « Constante Macabre » - MCLCM : http://mclcm.free.frEvaluer autrement, des équipes innovantes ont réfléchi à d'autres modes d'évaluation et les ont mis concrètement en place. S'interroger sur les modalités, les acteurs et les conséquences des évaluations permet de revenir à l'étymologie du mot " évaluer", à savoir "extraire de la valeur". Cette évaluation, connotée positivement, devient alors, pour les élèves, une aide à l'apprentissage : http://eduscol.education.fr/D0171/eval_accueil.htmPortail de l’évaluation du Ministère de l'éducation nationale qui présente les différentes facettes de l'évaluation des compétences des élèves et des jeunes menée en France : http://educ-eval.education.fr/index.htm
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