| DBA N°945 |
Pagaille à l’Hôtel Prato Verde |
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Raoul raconte Pour me faire de l’argent de poche, je me suis engagé comme serveur à l’Hôtel Prato Verde dans les Abruzzes, une splendide région montagneuse d’Italie. Malheureusement, je ne profitais pas beaucoup de la nature parce qu’on était débordé de travail, toujours sous pression : pour tenir le coup, certains jeunes serveurs picolaient ou bien se droguaient. Ce jour-là, il fallait servir le repas à une cinquantaine d’enfants de diverses nationalités en séjour de langue, les Kid’s World, et à un groupe de 20 curés rassemblés avec leur évêque pour quelques jours de détente et de réflexion. La cuisine n’était pas encore prête quand le maître de salle a ouvert le restaurant aux clients. Les curés devaient recevoir un repas spécial, avec entrée de melon au jambon de Parme suivie de pâtes rouges et vertes, etc.
La table de l’évêque et des prêtres était au centre de la salle, encerclée par les tablées de Kid’s World qui ne tenaient pas en place. Les moniteurs étaient tous ensemble à une table, laissant les gamins se débrouiller seuls ; en attendant le repas, ils avaient déjà asséché quelques carafes de vin. Plusieurs étaient adeptes du « shoeless », affirmant que marcher pieds nus est plus sain. Il y a eu un malentendu, et je n’ai d’abord rien compris, parce que la cuisinière parlait son dialecte du sud avec le maître de salle qui est albanais. Les serveurs à moitié stones se sont trompés et ont commencé à servir le melon au jambon aux Kid’s, tandis que l’évêque a reçu les pâtes blanches destinées aux enfants. On s’en est rendu compte lorsque on a vu qu’il n’y avait pas assez de melon pour tous les gamins. Quand les autres ont reçu des pâtes, ils ont réclamé le melon et ne voulaient pas de pâtes vertes. Certains ont quitté la table pour prendre leur portable et se plaindre à leurs parents. Les moniteurs réclamaient des pichets de vin sans s’occuper des enfants et il y a eu un verre cassé ; alors seulement un moniteur s’est levé, mais il a marché avec ses pieds nus sur le verre cassé et il y a eu du sang partout. C’était la panique. Le maître de salle a piqué une rage monstrueuse et quitté le restaurant. Dans la cuisine, la chef pleurait toute seule au milieu de ses oignons. Bref, une pagaille monstre. L’évêque et les curés se sont consolés avec les steaks arrosés d’une sauce aux fines herbes et le dessert, une spécialité des Pouilles. Il faut dire que la cuisinière était une véritable artiste pour les plats de sa région. Malgré cela, l’atmosphère était tendue. Le lendemain, pour rattraper la situation, nous avons proposé une grande balade en montagne avec un guide nature, et le soir un dîner aux chandelles, avec déguisements. Mon copain Franco a occupé les gamins en leur apprenant des pliages pour les serviettes, et ils ont garni les tables avec des bouquets de fleurs. Pendant le repas, j’ai fait quelques tours de cartes et de magie. Attilio a jonglé et Sergio a pris sa guitare pour faire chanter tout le monde. L’idée des déguisements n’était pas la meilleure, car beaucoup d’enfants se sont confectionné des mitres en carton et se sont déguisés en évêques ; ça n’a pas trop plu à l’évêque. Mais bah ! Finalement, cette soirée a détendu tout le monde et laissé une bonne impression.
Jean-François MEURS |
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