| DBA N°945 |
Refus de la misère |
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La journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2007 au Trocadéro, a été court-circuitée dans les médias le soir même par la grande grève des fonctionnaires pour défendre leur régime de retraite. Dommage ! La voix des sans-voix a été couverte une fois de plus… Pourtant, avec des moyens pauvres, les plus démunis ont présenté leurs combats, leurs luttes quotidiennes, avec beaucoup de couleur, de musique, de dignité, et absolument pas de misérabilisme. Dès l’arrivée, des panneaux, de gros ballons de couleurs vives auxquels pendaient des banderoles ornées de grands bonshommes encadraient la passerelle de la paix qui aboutit à la Dalle du refus de la misère, inaugurée le 17 octobre 1987 par le Père Wrésinski. Depuis la Dalle, un chemin était tracé par une multitude de banderoles réalisées par des hommes et des femmes qui connaissaient la vie dure. Beaucoup de jeunes mais aussi des adultes dont un certain nombre avait visiblement vécu des moments difficiles, proposaient la signature d’une déclaration de solidarité. Chaque signature donnait le droit de nouer une bande de tissu à la rambarde de la passerelle. Signer c’est bien, mais ensuite il faut tenir son engagement ! Une variété d’animation Face à la Tour Eiffel, cinq points de rassemblement en forme d’arbre symbolique, proposaient au total 30 forums de 45 minutes toutes les heures. A chaque fois, un sujet touchant à la misère en France et dans le monde était présenté par des gens qui s’y étaient affrontés, et avaient essayé, ou trouvé, des solutions. Cela allait depuis les problèmes de la scolarisation des enfants sans papiers à la création d’une bagagerie pour SDF, en passant par les travailleurs au pair, le droit au logement, etc. « C’est le jour où on communique le courage des plus pauvres plutôt que des histoires de misère » disait l’un des intervenants. D’autres débats de plus grande ampleur se déroulaient à l’Auditorium de la Cité de l’Architecture sur le travail, le logement, l’exclusion. Sous des tentes ou en plein air, des ateliers de chant, d’écriture, de théâtre, de peinture permettaient de s’exprimer, de dire ce que l’on n’ose pas dire, devant une centaine de spectateurs, de tous âges et de tous milieux. Cela mettait en valeur l’importance de la culture et de l’éducation pour que les gens puissent dire ce qu’ils vivent, leur lutte face à l’administration, au racisme, au rejet, à la précarité. Quand on n’a pas de diplôme, pas de formation, pas de relations, il est difficile de se faire entendre et de se faire comprendre. Une participante résuma cela : « Quand je me suis assise auprès de gens que je n’aurais jamais osé côtoyer, quand j’ai parlé devant tout le monde, ça m’a donné beaucoup de courage, beaucoup de force. Ce jour-là, j’ai senti que tous ces gens voulaient que nous comptions. » Une sensibilisation par les jeunes Dans leur village en carton, les jeunes des Caravanes Européennes de la Fraternité exposaient photos, articles de journaux, textes, souvenirs de leurs rencontres et de leurs animations au cours des 4 mois de voyage dans 9 pays d’Europe où ils ont parcouru bidonvilles et quartiers chauds. Ils partageaient leur expérience autour de leurs minibus bariolés. Partis le 2 juin de Pierrelaye, ces deux convois de véhicules chargés de livres, d’instruments de musique, de Déclarations de solidarité, de costumes de théâtre et de bonne humeur étaient composés chacun d’une vingtaine de jeunes européens volontaires. Ils ont visité une cinquantaine de lieux urbains et ruraux, centres-villes et quartiers défavorisés. Leur mission : dialoguer avec des citoyens, faire des animations, pour changer le regard, créer des liens et donner du courage à ceux qui résistent à la misère. « C’est rare de pouvoir parler de pauvreté sans avoir honte. La caravane permet de montrer que chacun a du talent, chacun est utile dans la société, et notamment les plus pauvres. » Des groupes musicaux originaux disent tout cela en chanson, ou en musique entre fanfare de Carnaval et tambours du Bronx. Pour les enfants de 6-12 ans, de multiples animations se renouvelaient tout au long de la journée. Elles avaient pour but de permettre aux enfants de changer de regard sur ceux qu’on a tendance à rejeter, ou à vouloir assister parce qu’ils sont différents, et permettre à ceux qui vivent la misère d’être écoutés et mieux compris. On propose pour cela de dessiner sa silhouette, d’écrire ce qu’on a sur le cœur, de participer à des jeux de rue… tout un complexe sportif apprenait à faire du sport populaire une culture de paix : « L’adversaire est l’ami qui te fait progresser. » lisait-on sur le ring où un animateur initiait à la boxe. L’information Dès l’entrée, un plan programme parfait permettait à chacun de savoir ce qui se passait à tout moment. Un bataillon de jeunes dynamiques parcourait le Trocadéro en distribuant le journal gratuit RESISTANCES produit par ATD Quart Monde, Amnesty International et le Secours Catholique à l’occasion de cette journée. Il raconte de nombreux combats dans des situations de précarité, des témoignages venant du monde entier autour de 4 thèmes : s’indigner, se comprendre, s’unir, gagner ensemble. Radio France International avait délocalisé ses studios et réalisait des émissions en direct avec des invités prestigieux. Il aurait fallu une dizaine de reporters en permanence toute la journée pour recueillir toute la richesse des expériences présentées, les idées exportables, rencontrer tous ceux qui avaient un message à faire passer. Mais le plus important est de se demander comment s’engager dans la lutte contre la misère, avec ceux qui la vivent, et les associations qui les accompagnent. Jean-Pierre MONNIER ATD Quart monde France 33, rue Bergère, 75009 Paris www.atd-quartmonde.asso.fr Amnesty International France 76, Boulevard de La Villette 75940 Paris Cedex 19 www.amnesty.asso.fr Secours Catholique Caritas France 106, rue du Bac, 75341 Paris cedex07 www.secours-catholique.asso.fr |
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