| DBA N°944 |
Il ne pense pas, alors il suit… |
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Brice raconteCe vendredi après-midi, nous avons collé des posters de pin-up sur le côté droit de la voiture de Claudy. Le plus difficile, à la sortie de l’école, c’était de l’amener à monter dans sa caisse sans qu’il s’en aperçoive. Ça a marché sur comme des roulettes. Claudy est le
plus âgé de la classe, il a redoublé deux fois. A chaque bulletin,
c’est comme s’il jouait au Loto : il reçoit de ses parents la
punition qui déchire ou bien une récompense fabuleuse. Parce qu’il
avait réussi sa cinquième[1],
ils lui ont payé une bagnole. Nous, on se demande encore comment il a
obtenu son permis, parce que c’est pas une lumière, sauf peut-être feu
orange clignotant. Il n’est pas dégourdi non plus avec les filles ;
quand on en parle entre nous, des histoires même pas corsées, il rougit
jusqu’aux oreilles, alors, on le fait parfois exprès. C’est comme ça
qu’on a pensé aux posters. Bref, il fait un complexe, et il joue au dur pour compenser : il écluse une douzaine de bières à la file, et il se vante des bagarres avec les copains du samedi soir. Mais avec sa caisse, il fait flipper ! Il roule comme un dingue, et si on l’excite un peu, il klaxonne après toutes les filles. Il frime à mort ! Alors, ce vendredi soir, c’était le big délire. Il tournait en ville comme d’habitude, et tout le monde lui faisait signe à cause des posters. Les gens aux terrasses se levaient, étonnés, n’en croyant pas leurs yeux, et ils se marraient. Claudy était superheureux, il ne se doutait de rien. Quand il a découvert le pot aux roses, il était en rage. Il a failli taper des coups de pied dans sa propre bagnole ! C’était géant ! Des types comme ça, on rigole, mais ça fout les boules, parce qu’ils sont capables de tout. Quand il est avec nous, ça va, mais avec ses copains de sortie, il devient bagarreur sans raison, il prend la couleur du groupe. Il se balade avec une chaîne ou une batte de base-ball. Il ne réfléchit pas, il ne pense pas, alors, il suit. Il obéit aveuglément aux gens qui lui en imposent. Il voudrait bien devenir gendarme ou s’engager à l’armée ! Ça fait froid dans le dos !
Claudy me fait peur. Mais j’ai aussi parfois peur de moi-même : est-ce que j’ai appris à bien juger ? Est-ce que j’aurais le cran de refuser ? Est-ce que je saurais prendre mes responsabilités et désobéir au lieu de dire : « c’est pas moi, c’est lui qui a dit de le faire » ? Est-ce que je ne suis pas comme les autres, qui réclament plus de sévérité, plus de policiers, au lieu de réclamer plus d’éducation, plus de réflexion personnelle, plus d’exigence envers soi-même ? Jean-François MEURS
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