| DBA N°944 |
Des jeunes citoyens veulent changer l’image de leur quartier |
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Karim expose la vie dans son quartier
Mme Christine Boutin
Le groupe d'Argenteuil
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Rencontrer le Ministre de la Ville et du Logement n’est pas habituel. Et pourtant des jeunes d’Argenteuil, faisant partie de l’Association Valdocco, ont répondu à l’invitation de Mme Christine Boutin, Ministre de la Ville et du Logement. Durant une heure, ils ont pu échanger sur des sujets qui les préoccupaient : travail, formation, logement, exclusion. Karim a vingt ans. Aujourd’hui il est en 1ère année dans une école de commerce. Il a connu le Valdocco pour avoir suivi l’accompagnement scolaire et participé à des camps. « Moi j’ai tout fait à Argenteuil ; je suis allé à l’école, au collège, au lycée… ça me fait mal quand on a des difficultés à trouver un stage parce qu’on vient de la cité »… Sabrina appuie ses propos : « Plusieurs fois j’ai entendu dire qu’Argenteuil c’était de la racaille ; il y a beaucoup de racisme vis-à-vis de la cité. Mais on est tous pareils ! » Sarah ajoute : « La cité est décentrée par rapport au centre ville. Il y a le problème des transports. Si je veux passer le permis, je dois gagner de l’argent. Et pour trouver un travail, c’est la galère ! » Quant à Youssef, il est en 1ère année de BTS, il évoque : « les propositions d’orientation sont limitées. Quand on veut faire des grandes études, l’accès devient difficile. » Parmi leurs accompagnateurs, il y a Mathieu, un élève en première année à Polytechnique : « Ça ne me faisait pas peur de venir sur Argenteuil. J’ai choisi de venir au Valdocco pour effectuer un stage de six mois. Je fais principalement de l’accompagnement scolaire et des animations de rue. » Marie-Louise Lescanne habite le quartier du Val d’Argent Nord depuis le début des années 90 « Je pense qu’il faudrait enlever du langage le mot ZEP, ZUP… dès qu’on parle de la ZUP, on pense qu’il y a des délinquants et des bandits et les journalistes nous aident beaucoup pour faire passer cette image. Mais il n’y a pas que des délinquants et des bandits. Comment voulez-vous que nos enfants s’en sortent ? Moi je me bats pour toutes les mères de famille qui sont comme moi et qui ont envie de changer cette ville. Madame la ministre vous nous aiderez à changer cette affaire-là. » Expérience de mondialisation Christine Boutin écoute avec attention les différents témoignages. Elle donne ensuite son point de vue : « Je crois profondément que dans vos quartiers, il y a des garçons et des filles qui sont bien comme ailleurs. Il y a des gens qui ne sont pas bien, comme ailleurs. Mais on identifie toujours vos quartiers à ce qui va mal plutôt qu’à ce qui va bien. Dans vos quartiers se trouve la richesse de la France de demain. Quand on regarde le côté multiculturel de ces espaces, il y a là une espèce d’expérimentation de la mondialisation. Lorsque l’on regarde la démographie, la proportion de jeunes est beaucoup plus importante dans ces quartiers. Or l’avenir d’un pays ce sont les jeunes. Et vos quartiers sont en réalité la richesse de notre pays… Je ne veux plus qu’on appelle ces quartiers, « difficiles » mais « fragiles ». Car « difficile », c’est stigmatisant. « Fragile », cela veut dire que vous êtes dans la ville, comme dans une famille. Dans une famille, il peut y avoir des enfants malades qui sont donc plus fragiles. Ils font partie de la famille. Eh bien ! Les quartiers où vous êtes sont fragiles et ils font partie de l’ensemble de la ville, de la communauté humaine de la ville en question. Il ne faut pas croire que vous êtes les seuls à rencontrer des problèmes pour trouver un logement, un travail, une formation qui correspond à vos attentes. Ce n’est pas réconfortant. Beaucoup de jeunes ont des difficultés même en dehors de vos quartiers. C’est un problème qui concerne l’ensemble de la France, et il faut que nous révisions cela. Je ne veux pas qu’on oppose les jeunesses des quartiers fragiles avec la jeunesse des autres quartiers, parce que votre problématique est identique à celle des autres. Vous êtes le dynamisme de demain. Mais ne vous opposez pas aux autres, tout comme je dirai aux autres de ne pas s’opposer à vous. Vous avez parlé du racisme. On ne change pas les mentalités facilement ; il a été créé la haute autorité de lutte contre les discriminations ; elle travaille pour sanctionner le racisme, la discrimination. Nous sommes tous égaux quelles que soient notre race, notre religion. Et je vous demande de ne pas vous enfermer dans les boites dans lesquelles on vous met. Vous êtes comme les autres. Les associations jouent un rôle majeur et il convient de les aider. Cela dit, il y a des associations qui travaillent et d’autres qui travaillent beaucoup moins. Il faut regarder celles qui sont véritablement efficaces, qui ont ce regard positif sur la jeunesse. La différence est une richesse ; vous apportez votre différence ; eh bien ! Elle doit être considérée comme un plus dans l’ensemble de la société française. » Propos recueillis par Vincent GRODZISKI « Un Team, une Ville » Au début de cette rencontre, une vidéo présentait la 9è édition « un team, une ville » remportée en juin dernier par l’équipe du Valdocco d’Argenteuil et à laquelle Mme Christine Boutin avait assisté. Un TEAM, une VILLE est une opération à caractère social et sportif qui, en partenariat avec la Fédération Française de Motocyclisme, permet de mobiliser des jeunes de différents milieux autour d’un projet moto. Les entraînements réguliers que nécessite la préparation à cette compétition permettent aux jeunes d’apprendre à respecter les règles, à développer un esprit d’équipe, à aller au bout de leurs possibilités. Grâce à ce projet éducatif, ils comprennent la devise de la FFM : « Ta ville n’est pas un circuit » et ils découvrent eux-mêmes, comme le dit Jean-Marie Petitclerc : « qu’aller à fond tout droit, tout le monde peut le faire ; ce qui est difficile, c’est de négocier les virages ! » Durant deux jours, les jeunes sportifs participent à six épreuves : la communication, avec présentation de toute la « TEAM », moto comprise (de préférence posée sur un joli tapis), press-book, vidéo ; la mécanique ; le pilotage, avec gymkhana en relais, épreuve d’accélération, course de vitesse, course d’endurance ; la course relais ; le test de sécurité routière ; l’animation de la veillée du mercredi soir, façon « Don Bosco », chaque équipe présentant diaporamas, clips, sketches, jeux, chants, danses… |
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