DBA N°943

Cinq pains et deux poissons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a là un petit enfant qui possède cinq pains d’orge et deux petits poissons… Jean 6, 9.

Le soleil décline. On imagine hommes, femmes et enfants, des familles entières au bord du lac. Étaient-elles attentives aux paroles de Jésus ? On imagine plutôt le brouhaha… Mais, en présence de Jésus, elles se sentent bien, elles trouvent un apaisement. Pour elles, un autre jour va commencer. Mais le jour juif commence par la nuit, par l’incertitude. La foule devra vivre la mort et l’absence de Jésus, comme les familles d’aujourd’hui qui ont parfois l’impression que le Jésus de leur enfance est mort et enterré. 

Ce n’est pas le désert, il y a de l’herbe, mais l’endroit est désert. Les familles ont de temps en temps besoin de quitter la ville et la foule anonyme. Ici, on est un peuple, on fait communauté. Ce n’est donc pas de Bethsaïde, la petite ville effervescente toute proche, que viendra la solution ; Jésus n’y renvoie pas. À la ville, on étouffe. La civilisation de l’abondance laisse les âmes en friche et les cœurs affamés. Le PIB de chaque pays, calculé à grands frais pour évaluer le « progrès », laisse les hommes sur leur faim. Il nous faut réinventer le BIB, le Bonheur Intérieur Brut ! Dans lequel intervient la qualité de notre rencontre avec Dieu, sa Parole sur fond de silence, la capacité de faire un pas de côté pour retrouver la vie, qui est toujours un peu à l’écart. 

L’invitation de Jésus claque comme un défi : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! ». Les familles actuelles sont malmenées, souvent en crise. Peuvent-elles encore assurer la mission de transmettre la foi ? L’évangile nous apprend que c’est avec les cinq pains et les deux poissons offerts par un petit enfant, que Jésus a nourri la foule. Le miracle est encore possible aujourd’hui, on peut l’espérer…

Cinq pains, comme les cinq livres de la Loi. Deux poissons, qui rappellent la prédilection de Jésus pour le métier de pêcheurs, une nouveauté par rapport à l’Ancien Testament qui préfère les bergers. Les poissons qui seront l’indice de l’existence d’une communauté chrétienne. 

Car ces pains et ces poissons existent. Et souvent, ce sont les enfants qui, par leurs questions et leur appétit de vivre, nous font grandir. Certes, les familles ne sont pas le lieu d’un enseignement : les parents ne sont pas des catéchistes. Elles sont d’abord un lieu de vie où l’expérience chrétienne est éprouvée. N’y vit-on pas l’accueil de l’autre, la coopération, la joie du partage, la recherche du sens de la vie, la contemplation, le merci, le pardon ? 

Cependant, il faut les multiplier : il est bon que les familles ne soient pas seules dans cette tâche de faire grandir la foi des petits et des grands. Jésus les invite à se regrouper par « tables ». C’est l’affaire des communautés chrétiennes. Et là, il s’agit moins de se demander comment aider les familles et les humaniser : le seul défi est de chercher comment devenir une communauté de foi qui élargit l’expérience de la solidarité, de l’émerveillement, de la quête de sens et de la confiance en Dieu. 

Jean-François MEURS

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