DBA N°943

La mort : en parler aux jeunes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Etre révélateur de ce qu’il a envie de dire 

Marie Le Moal est aumônier d’hôpital depuis vingt ans. Elle est arrivée, il y a sept ans, à l’hôpital Debrousse, un hôpital pour enfants, à Lyon. Là elle accueille les parents et rend visite aux enfants malades.

DBA : Avez-vous déjà annoncé à un enfant que sa fin était proche ?
Marie Le Moal : Non, car on n’annonce pas à un enfant que sa mort est proche. Il le sait déjà. S’il ne le dit pas, c’est pour protéger ceux qui l’aiment. Il voudrait entendre dire que ce qu’il sait, lui, on le sait aussi. Etre aumônier, c’est « être avec », accompagner le malade pour être révélateur de ce qu’il a envie de dire. Que ça fasse paix en lui. Il faut faire abstraction de soi et être dans un cœur à cœur avec l’enfant en faisant attention de surtout ne pas lui faire mal. L’enfant peut dire : « Ne dis pas à mes parents que je sais que peut-être je ne vais pas guérir ». Les parents disent : « Mon enfant ne peut pas savoir, ne doit pas savoir ». L’art d’être aumônier, c’est d’arriver à ce que les parents et l’enfant puissent se parler.

DBA : L’enfant a-t-il peur de la mort ?
M.M. : L’enfant n’a pas peur de la mort si les parents ont vis-à-vis de lui une présence saine : justesse des mots, du toucher, des réponses. Il faut s’accorder à son enfant, ne pas tomber dans le mélo. Il faut pour cela du temps, du doigté et de la délicatesse. Il faut oser écouter, oser recevoir ce qu’on entend, oser dire un mot qui valide ce que dit l’enfant.
Il faut du temps pour que des mots puissent se dire, pour arriver à une parole de paix. Si on va trop vite, on n’est pas dans la vérité mais dans le faire. Un enfant n’aime pas tricher. Quand l’enfant est en repos dans ce qu’il vit, cela l’apaise.
Là où j’ai rencontré de la peur, de la terreur même, c’est chez les jeunes adultes, pas chez l’enfant. On entend chez les grands jeunes, entre 20 et 25 ans des questions angoissées comme par exemple : « est-ce que je vais tomber dans le trou noir ? » Les souffrances les pires, je les vois chez les parents dans la chapelle.

DBA : Quelle est la place de la foi dans l’accompagnement ?
M.M. : Ils savent que je suis aumônier, que je prie. Parfois ils posent des questions et je réponds en fonction de ce que je pense qu’ils doivent entendre. J’ai ainsi développé beaucoup de petites prières d’apaisement avec des gestes. Parce que, quand le corps est abîmé, c’est important de les aider à aimer leur corps. Je voudrais qu’ils le trouvent beau encore. Un exemple : « Protège-moi bien fort » et je leur propose un geste où ils rassemblent leurs forces dans le Père. Je leur fais aussi prier Marie qu’ils sentent proche d’eux. Je leur dis qu’elle répète tout à Dieu. La prière réhabilite leur corps et monte vers Dieu par Marie.

DBA : Et quand il s’agit de suicide, de refus de vivre, comment accompagner ?
M.M. : Les adolescents qui se suicident ne le font pas pour ne plus vivre mais parce qu’ils veulent enlever la souffrance qui est intolérable dans leur vie. Mais on ne peut enlever les mots dits, les maux subis, dans leur enfance. Quand on les écoute et qu’on les entend parler de quelque chose qui les intéresse, il faut tout de suite développer cet intérêt, cela enlève du poids à la dimension mortifère de leur vie et après, bien après, on peut faire un petit travail avec eux de confiance dans l’avenir. Ces jeunes qui veulent se suicider ont très souvent un point commun : la seule chose qu’ils veulent faire dans leur vie, c’est avoir un enfant. Ils veulent construire quelque chose de beau.

DBA : Les parents sont parfois révoltés, souffrent. Que peut-on faire ?
M.M. : Quand les parents sont révoltés, je vais chercher la Bible et je montre, notamment à travers le livre de Job, qu’il n’y a pas de réponse à la question : « Pourquoi le mal ? » On y trouve : « Aimez-vous », on trouve de la tendresse. Cela les apaise tout de suite. Il faut accueillir la révolte et la canaliser, la porter.
Si les gens en veulent à Dieu, on peut leur dire : « Je ne pense pas tout à fait comme vous ». Ils acceptent du moment qu’on ne justifie pas le mal. Quand un enfant est mort et que les proches le pleurent, je pense que leur humanité est sacralisée dans cet être qui monte au ciel. Je leur dis : « On le fait vivre en nous, et c’est cela qui est Dieu ». Je leur dis : « Votre présence honore votre enfant. Vous êtes habités par lui, vous êtes le sacrement de fraternité. Ce n’est pas parce que tous ces enfants sont à Dieu qu’ils ne sont plus à nous ». 


Des ateliers pour mieux vivre son deuil
L’objectif principal de l’association « Vivre son deuil », en France, en Belgique et en Suisse, est de reconnaître la souffrance des personnes endeuillées et de les aider psychologiquement. Elle a créé dès 1996 des ateliers pour enfants à partir de 4 ans pour permettre aux petites victimes du deuil d’un proche (mort d’un frère, d’une mère, d’un père) de libérer leur chagrin. A la maison, un enfant est en effet capable de camoufler sa tristesse pour protéger ses parents. Or, le fait qu’il exprime sa tristesse est fondamental pour éviter des traumatismes futurs. 
Une des meilleures façons d’aider un adolescent endeuillé à trouver la voie de la guérison est le groupe de soutien par les pairs. A l’Espace Atelier à Namur, Paris, Rennes ou Lille, les ados sont en contact avec d’autres ados qui ont vécu la mort d’un proche. Encadrés par des psychologues, ils racontent les souvenirs liés à la personne décédée, comment ils ont réagi. Chaque ado a le droit de s’exprimer mais aussi le droit de ne pas parler.
Contact : www.vivresondeuil.asso.fr

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