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Le Père Didi, responsable de l'oeuvre de Pétionville
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Angelika, infirmière, 39 ans, et Amandine, institutrice maternelle, 23 ans, ont passé six mois au Collège Don Bosco de Pétion-ville, en Haïti. Elles n’ont pas révolutionné l’école, mais, tout en encaissant le choc des cultures, elles y ont vécu quelques belles histoires.
Le grand bâtiment jaune du Collège Don Bosco, lieu d’action d’Angelika, accueille un millier d’élèves. Pour y arriver, les garçons et les filles en chemise blanche, pantalon ou jupe de couleur bleu foncé font un gymkhana entre les tomates, les paniers en paille, les bibelots, les vêtements exposés par terre : la rue est encombrée par un marché sauvage et pittoresque toujours plein d’effervescence. Faute d’un lieu adéquat qui se fait attendre, les gens étalent leurs marchandises là où ils le peuvent, de préférence sur le bout de rue asphaltée par les salésiens ! Il faut dire que la population a grossi très fort, car la ville se trouve à 10 km à peine de la capitale Port-au-Prince, et beaucoup de gens ont fui les quartiers insécurisés et déglingués pour cette banlieue qu’on peut dire huppée en comparaison. Quand une voiture doit passer, on replie tout, puis on s’installe à nouveau. L’école primaire, lieu de travail d’Amandine, se trouve à quelques rues de là et compte 900 élèves en uniforme bleu.
Après plusieurs séjours d’été au Centre de formation de Thorland dans le cadre du partenariat Don Bosco Farnières – Don Bosco Haïti, le Père Ducange leur avait proposé de passer plusieurs mois à Pétion-ville. Ce qui a décidé Angelika, c’est le chant d’accueil des enfants lors de sa première visite. Pour Amandine, c’est tout simplement l’amour de ce pays. L’idée était de créer un dispensaire et de faire évoluer les méthodes d’enseignement.
Trouver sa place
Les résultats paraissent plutôt maigres : l’infirmière n’a jamais eu de salle pour amorcer son infirmerie. Mais elle a soigné quantité de bobos et accompagné des jeunes à l’hôpital. Si elle n’avait pas insisté pour faire suturer certaines plaies, des gamins garderaient des cicatrices au visage pour toute leur vie. « Chez nous, dit-elle, on aurait pris davantage d’assurances dans bien des cas lors d’accidents. Ainsi ce gamin commotionné que l’on a renvoyé chez lui à pied. En Haïti, on ne prend pas tant de précautions... Mais ils ont toujours de la chance, le Bon Dieu est avec eux ! »
Amandine s’est heurtée à une inertie chez les professeurs. Il faut du temps pour passer d’une pédagogie de la répétition et du bourrage de crâne à une pédagogie active qui demande de créer des outils variés d’enseignement. Ils ne connaissent pas la stimulation, l’apprentissage par le plaisir. Du coup, même les élèves sont désarçonnés quand on leur propose des activités ludiques. Elle a cependant passé de bons moments en classe.
Elles ont fini par trouver leur petite place. Angelika a donné des cours de santé et d’hygiène aux jeunes lycéens. En fait, elle a surtout fait de l’éducation sexuelle, un sujet tabou en Haïti. Les élèves, très intéressés, auront quand même appris des comportements moins dangereux, plus respectueux l’un de l’autre, et ils parleront peut-être autrement, surtout les garçons. De son côté, Amandine a travaillé avec certains professeurs, qui ont testé quelques modules.
Elles se sont surtout attachées à l’école du soir, Angelika au calcul et Amandine à la lecture. Elles ont demandé qu’on leur confie un petit nombre d’élèves, les plus « largués » de « la classe infernale ». Une partie sont des adultes, les autres sont des enfants qui font les domestiques dans des familles et qui ont des difficultés à se concentrer parce qu’ils arrivent fatigués, crevant de faim, et qu’il vivent des situations épouvantables.
Kenia, petite fille de 11 ans, s’asseyait toujours au fond de la classe, à l’écart, se collait à son livre ou au tableau, comme si elle était presque aveugle. Angelika l’a emmenée chez l’ophtalmologue qui a découvert qu’elle n’avait rien. Par contre, la fillette a fini par entrer en confiance et les autres élèves l’ont aidée à raconter comment elle avait vécu dans une famille qui la frappait sur la tête à coups de bâton. Dès qu’elle avait peur, elle perdait la vue. Elle a fini par lire normalement et a réussi l’examen final.
Il y a beaucoup de violence dans la société haïtienne, et personne n’est choqué quand un élève est battu. Le regard d’Amandine et d’Angelika a fait prendre conscience aux responsables que cela n’était pas normal, et des décisions ont été prises. Mais Haïti est beaucoup mieux que cela : c’est un peuple très vivant, une vie animée, voire bruyante, des amitiés spontanées… Et cela leur manque déjà !
Propos recueillis par Jean-François MEURS
« Haïti pou ti moun yo »
Depuis huit ans, le Centre spirituel Don Bosco de Farnières, en Belgique, a créé « Haïti pour les petits enfants », un partenariat avec la maison salésienne de Thorland qui forme des jeunes animateurs chrétiens. Tous les deux ans, des Belges se joignent à l’équipe des animateurs haïtiens pour offrir des activités récréatives et créatives aux enfants et ados de cette banlieue de Port-au-prince. Le prochain voyage se fera en juillet 2008.
Quelques-uns ont cependant pris un petit supplément de trois semaines cette année : Michaël et Emeline sont retournés à Thorland, tandis que Jean-Pierre et Jacqueline, sont allés rejoindre Amandine et Angélika à Pétion-Ville. Pendant tout l’été, du lundi au vendredi, le Collège se transforme en « Oratoire » grouillant de monde. 700 enfants de 6 à 13 ans et 300 ados se pressent aux portes dès 6 heures du matin. La journée, hyper-organisée, commence par une prière dans la cour suivie d’une gymnastique aérobic. Tous s’engouffrent ensuite dans les locaux des classes pour une catéchèse donnée par une cinquantaine d’animateurs bien préparés qui racontent des histoires et font chanter les enfants. Après une récréation libre, les activités créatives de la journée se mettent en route : dessin, couture, crochet, maquettes, danse, etc. Les ados ont leurs ateliers à part : cuisine, cosmétique (salon de coiffure), espagnol, dactylo, etc. Ils reçoivent tous un repas à midi, quatre jours par semaine, et les activités se terminent à 15h00. Le mercredi, la matinée est meublée par un film, et l’oratoire se termine à midi.
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DBA 943
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