DBA N°942 « Qu’ils n’aient plus besoin de moi ! »

 

educ09.jpg (88837 octets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

educ10.jpg (112682 octets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

educ07.jpg (131200 octets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

educ11.jpg (117940 octets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

educ12.jpg (110751 octets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Hourcade est conseiller d’insertion professionnelle en mission locale en banlieue nord de Paris. Sa mission est de permettre aux personnes rencontrées de trouver du travail. Dans cette interview, il partage le lien qu’il établit entre son travail et sa foi.

DBA : Comment êtes-vous devenu conseiller d’insertion professionnelle ?

Emmanuel Hourcade : Au départ, j’ai une formation en ressources humaines en entreprise. De retour de coopération, j’ai travaillé huit mois en entreprise. En même temps je faisais du bénévolat. Le travail que je faisais, dans une grosse boite administrative m’a très vite lassé. Je cherchais un travail qui avait du sens. Le bénévolat et la coopération m’ont donné une plus grande liberté de choix. Je n’ai pas eu peur d’aller dans le secteur social, un secteur moins bien rémunéré et moins reconnu.

DBA : Comment vivez-vous ce travail ?

E.H. : Au début, vous voulez donner le maximum de vous-même ; vous vous voyez au stade de la toute-puissance où vous pensez qu’à vous tout seul vous pouvez sauver telle personne. Et c’est grâce aux jeunes que vous allez apprendre à mieux vous situer face à eux parce que d’un seul coup, un jeune peut vous envoyer balader. Alors vous vous rendez compte que votre façon de communiquer, de gérer la situation n’est pas du tout adaptée à ce que vit le jeune. Vous, vous avez votre histoire, vos repères. C’est vrai que mes valeurs je n’ai pas à les imposer aux autres. C’est à moi à m’adapter, à aller vers l’autre, à aller à sa rencontre. Des jeunes m’ont permis cette prise de conscience à travers des retours qu’ils m’ont faits ; et c’est ceux-là qui m’ont permis le plus d’avancer. Par cette démarche j’ai été poussé à quitter mes repères pour les rejoindre là où ils en sont et ne pas me perdre dans les détails, dans les représentations toutes faites, et au contraire essayer de porter un regard neuf sur ce qu’ils vivent.

DBA : Être chrétien et travailleur social, cela peut-il cohabiter ?

E.H. : Je n’affiche pas que je suis chrétien car je travaille dans une structure laïque qui est rémunérée par l’Etat, la Mairie, le Conseil Régional. Par contre dans des discussions avec des jeunes musulmans, je n’ai pas peur de me positionner. Je me permets d’interroger leur foi pour les pousser à aller plus loin, et certains me disent : « vous vous rendez compte, vous n’irez pas au paradis parce que vous n’êtes pas musulman », et je leur réponds : « on verra bien ; après la mort, on verra où chacun se retrouve ». C’est une forme de questionnement, de partage, qui reste très simple. Je n’ai pas peur de discuter religion quand l’occasion se présente et je trouve même qu’il y a chez les jeunes un regain sur les questions d’ordre spirituel.

DBA : Y a-t-il une parole de la Bible qui vous marque dans votre travail ?

E.H. : Une parole me travaille : « Seule la vérité vous rendra libre ». La vérité, c’est quelque chose qui me conduit. J’essaie d’apprendre aux jeunes à être clairs avec eux-mêmes. Ce qui est important pour moi, c’est de faire un contrat ouvert, où l’on rentre dans une relation d’adulte, où moi je ne me cache pas si je n’ai pas fait ce que je devais faire, et eux je leur demande de ne pas se cacher mais d’avoir un rapport d’adulte à adulte, même s’ils ne sont pas encore forcément des adultes ; si je donne ma parole, il faut que je m’engage, et eux aussi s’ils décident de faire des choses qu’ils puissent m’en rendre compte sans se croire jugés. Bâtir dans le domaine des relations, quelque chose qui soit vrai. Je dis aux jeunes : je ne suis pas un magicien, voilà ce dont je dispose comme outil ; l’essentiel de la réussite de votre parcours ce sera vous ; moi je ne serai qu’un facilitateur. Quelquefois les gens sont surpris. Ils pensent, comme on est un service public, qu’on doit tout faire pour eux. Non ! C’est aussi les renvoyer à leur responsabilité, c’est aussi leur dire « vous êtes capables ». On n’est pas dans une relation d’assistanat, où l’on va faire à leur place.

DBA : Oser refaire surface, cela doit être dur ?

E.H. : Certainement mais c’est important aussi de montrer à la personne des choses positives et objectives pour les aider à reprendre confiance en elle. On n’est pas dans un rapport de séduction pour faire plaisir aux gens. Par contre, il est important de relever tous les faits qui peuvent montrer au jeune qu’il a finalement des capacités, qu’il a mis en œuvre des choses. On voit souvent qu’il y a un déficit d’estime de soi ; tout ce qui peut être valorisable à partir de choses objectives et observables, il est important de le renvoyer aux jeunes et de le relire avec eux. Ce sont des outils qui permettent aux personnes d’être autonomes. L’objectif, c’est qu’ils n’aient plus besoin de moi.

DBA : Vous faites parti de T.S.E.C. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

E.H. : Le travail sur l’humain, c’est dur. J’ai besoin de prendre du recul ; de m’arrêter, de poser les problèmes que j’ai rencontrés tels qu’ils se sont succédés pour les confronter à d’autres expériences professionnelles, et avoir d’autres éclairages. TSEC est un lieu où je me ressource, où je me nourris intellectuellement, où je confronte avec d’autres personnes des expériences de vie. Là on est en toute liberté, dans le sens où on n’est pas dans le jugement, on se parle et on connaît très bien les conditions de travail des uns et des autres. On sait très bien qu’on est dans la même galère, par rapport aux conditions de travail mais aussi dans la même espérance, dans la même joie qu’on peut se partager. C’est un lieu de réflexion, de partage et de vie ! TSEC apporte un éclairage juste. Il y a une partie psychologique, chrétienne, pratique professionnelle. On est bien sur plusieurs champs, qu’on vit au quotidien. C’est un lieu où enfin je peux me poser, réfléchir, avoir aussi un apport intellectuel, et me confronter à des choses qu’on me renvoie.

 

Cinq défis pour les travailleurs sociaux

S’adapter aux évolutions des besoins des personnes accompagnées est un souci constant des travailleurs sociaux. Plusieurs défis se posent à eux aujourd’hui. Sans avoir la prétention d’être exhaustifs, repérons-en cinq.

Impliquer la famille.

Il s’agit de faire des familles, parents et fratrie, de réels partenaires de l’accompagnement des personnes, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants ou d’adolescents. Pendant bien longtemps, des travailleurs sociaux ont eu tendance à considérer les familles avant tout comme une source de difficultés. Or plusieurs études ont montré combien l’implication de la famille dans l’accompagnement le rendait plus efficace. Faire des familles des partenaires consiste désormais pour les professionnels à les rencontrer pour partager ensemble leurs compétences au service de la progression de la personne.

Favoriser la mobilité et la mixité sociale

Nombreux sont ceux qui pensent que seuls ces deux facteurs conjugués pourront enrayer la spirale de la ghettoïsation de nos quartiers en difficultés. « L’important consiste à établir comme priorité d’action toutes les conditions permettant aux jeunes et aux habitants de sortir de leur quartier, de nouer des rencontres avec les autres habitants de l’agglomération. ». Un travail social dont le but est de créer du lien social ne peut faire l’économie de l’apprentissage de la mobilité : mobilité dans l’espace et mobilité « dans la tête ». C’est à partir de cette mobilité vécue par tous que pourra se construire une mixité sociale elle-même fondée sur des expériences de mixité géographique, ethnique, et intergénérationnelle.

Prévenir le décrochage

Les travailleurs sociaux sont de plus en plus interpellés par les processus de décrochage scolaire et de déscolarisation, qui peuvent aboutir demain au décrochage social et à l’exclusion. « Les déscolarisés viennent s’insérer entre les « inemployables » qui seraient l’objet de mesures d’encadrement renforcé (signalement, contrôle social, prise en charge institutionnelle dans des dispositifs pour inadaptés) et les « précaires » insérés dans des parcours éducatifs parallèles à l’école et dont le devenir se réduirait à l’exercice de « petits boulots » mi-économiques, mi-sociaux. »  Les analyses des parcours de ces personnes montrent que l’exclusion se tisse au fur et à mesure des désaffiliations scolaires et familiales. Il y a donc urgence à prévenir ces phénomènes en faisant s’articuler les professionnels de l’enseignement et du travail social.

Adapter l’accompagnement social

Il consiste à placer la personne au centre de cet accompagnement. Ceci n’est pas nouveau, beaucoup de manières de faire récentes vont dans ce sens. Songeons à toutes les réflexions engagées depuis plusieurs années sur le droit des personnes qui ont recours aux services sociaux et sur l’importance du projet individualisé. Cependant, du fait d’une spécialisation croissante des professionnels, la prise en charge des personnes devient de plus en plus morcelée. Une personne va par exemple rencontrer dans la même journée son assistante de service social pour faire le point sur son RMI, l’animateur du service jeunesse pour préparer les prochaines vacances de ses enfants, le chargé d’insertion qui l’accompagne dans sa recherche d’emploi, et la TISF qui l’aide dans ses tâches quotidiennes. Or, il importe que ces différentes interventions soient coordonnées, ou tout au moins répondent à un minimum de cohérence pour être efficientes. D’où le dernier défi à relever.

Donner sens à l’action sociale

Il s’agit de conjuguer l’action des différents professionnels intervenant soit sur une même situation, soit sur un même territoire. Si les dispositifs liés à la politique de la ville ont permis de créer de réelles dynamiques partenariales à l’échelon d’un territoire, force est de constater que le partenariat autour d’une même situation pose plus de difficultés. Ces dernières s’expliquent par le fait que ce travail en cohérence vient questionner les pratiques propres de chaque professionnel. Des questions légitimes se posent sur les objectifs communs à se fixer, sur le partage des informations confidentielles et sur la coordination des interventions dans une action globale cohérente. Les réponses à y apporter sont porteuses d’enjeux déontologiques importants.

Derrière ces interrogations concrètes se cachent de réelles questions quant aux différentes visions de l’homme et aux conceptions de la société. Elles influent au niveau de l’accompagnement des personnes et au niveau des manières de travailler ensemble. Voilà pourquoi nous pourrions finir par une ouverture à un sixième défi : celui de la construction d’une éthique du travail social. Car des interventions multiples ne seront cohérentes qu’articulées autour d’un sens partagé de l’action. Or il y a tout lieu de penser que l’enjeu majeur d’une action sociale cohérente réside dans la construction de son sens.

 

Pour aller plus loin

  • Revues :

  • Lien social, plutôt axée éducation spécialisée

  • http://www.lien-social.com/

  • Actualité Sociale Hebdomadaire, plus généraliste

  • http://www.ash.tm.fr

  • Site :

  • Un portail internet pour découvrir les métiers du social et ses thèmes de réflexion

  • http://www.travail-social.com

  • Livres :

  • Jacques RIFFAUT, 20 questions pour penser le travail social, 2007, collection Action Sociale, éditions Dunod, 208 pages.

  • Dans cette édition plusieurs ouvrages intéressant

  • Jean BRICHAUX, L’éducateur spécialisé d’une métaphore à l’autre, 2004, Editions Erès, Coll. L’éducation spécialisée au quotidien, 234 pages.

Retour DBA 942

Les fondateurs    La famille salésienne     Toutes les maisons    Centre Jean Bosco 
      
Jeunes           L'information,    DBA         Art et foi        Liens     Sommaire