DBA N°942

Indispensables travailleurs sociaux

 

 

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INTRODUCTION

Les dernières élections présidentielles ont mis en avant que les préoccupations des Français touchent trois domaines majeurs : l’emploi et l’insécurité, et plus largement la cohésion sociale. Le travail social intervient au cœur de ces thématiques : il met en œuvre des solidarités et des politiques décidées par les élus. Souvent mal perçus, les travailleurs sociaux font un travail dans l’ombre. Qui sont toutes ces personnes qui font partie de cette nébuleuse ? Quels sont leurs champs d’action ? A l’origine, des instituts chrétiens s’y sont impliqués. Aujourd’hui peut-on associer le travail social et l’engagement chrétien ?

Entrons dans cet univers du travail social pour mieux en saisir le rôle et les défis qu’il aura à relever pour les années à venir.

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D’hier à aujourd’hui

En toute société, des personnes sont perçues comme des « a-normaux », ou considérées comme tels : malades mentaux, infirmes, déficients intellectuels, inadaptés sociaux, mendiants, marginaux… Au fil des siècles des structures se sont mises en place pour s’en occuper. Aujourd’hui les travailleurs sociaux accompagnent ces personnes marginalisées pour les aider à trouver leur place au sein de la société.

Dans le passé, et malgré quelques tentatives ponctuelles d’éducation et d’insertion, les personnes sans ressources, handicapées étaient le plus souvent, à la fois, méprisées, rejetées et marginalisées. Elles étaient parfois même supprimées ou, au mieux, reclues dans des hospices, hôpitaux, asiles, sans qu’on songe à leur préparer un avenir.

Néanmoins, à partir du XVIIème siècle, un changement de regard, d’inspiration chrétienne, intervient et suscite diverses initiatives : Saint Vincent de Paul, bien sûr, pour les enfants abandonnés, mais aussi Valentin Haüy, l’abbé de l’Epée, puis Pinel et surtout, au XIXème, Don Bosco, le premier « éducateur de rue », un éducateur de prévention ; les uns et les autres fondent des institutions appropriées. Ils prennent en charge certaines catégories de personnes en difficultés.

Vers la professionnalisation

Ces institutions font vite ressentir le besoin d’agents spécialisés – et pas seulement de bénévoles généreux. Une formation devient nécessaire pour assurer leur compétence et leur attribuer un statut. C’est ainsi qu’apparaissent les travailleurs sociaux : des personnes munies d’une certification, voire d’un diplôme d’Etat. Leurs fonctions sont d’exercer l’action sociale, elle-même ordonnée à traiter et à tenter de résoudre les problèmes sociaux.

Le travail social ainsi entendu peut viser le court terme ou le long terme. A court terme, c’est la réaction à l’urgence : par exemple, la sauvegarde d’enfants abandonnés ou devenus orphelins à la suite d’une épidémie ou d’une guerre, une population déplacée à la suite d’une invasion ou d’un cataclysme… A long terme, c’est la réponse à un besoin devenu définitif : ces orphelins, dont il faut désormais assurer l’éducation, des personnes handicapées du fait d’une infirmité, des « RMIstes » dont il faut assurer, après la survie, le suivi et le reclassement.

Ces services spécialisés vont connaître au XXème siècle une extension considérable. Des facteurs économiques, sociaux, publiques et moraux convergent, si divers soient-ils, pour porter à assurer la protection sociale de catégories variées de personnes de plus en plus nombreuses dans le besoin : « nouvelles pauvretés », chômeurs, réfugiés, RMistes, S.D.F., exclus de toute nature,… Mais, si ces services se stabilisent et se fortifient, c’est aussi au prix d’une bureaucratisation et d’une rigidification qui restreignent leur attention aux personnes.

Restaurer les capacités des personnes

Aujourd’hui, par une approche globale, le travail social comprend les phénomènes sociaux dans leur ensemble. Pourtant, chaque territoire a ses particularités. Par exemple, l’assistante de service social ne travaillera pas de la même manière en un secteur rural ou urbain. Elle adaptera son action sur le territoire en fonction de ses besoins et de ses ressources. Voila pourquoi aujourd’hui, le travail social cherche à penser globalement et à agir localement.

S’il peut être le pansement pour se donner bonne conscience, le travail social est surtout le « poil à gratter » d’une société. Il joue en effet un rôle de régulateur et de conscience éthique dans une société qui aurait tendance à oublier, voire à exclure. Il rappelle sans cesse la nécessité d’un vivre ensemble qui prend en compte ceux qui n’arrivent pas à prendre une place dans la vie sociale, ceux pour qui des espaces et des temps doivent être aménagés.

Face à des personnes fragilisées par les épreuves de la vie ou à des personnes limitées par leurs handicaps, le travail social crée des espaces protégés. Les travailleurs sociaux cherchent à aménager un environnement suffisamment sécurisant. A travers la mise en place d’actions ciblées, ils cherchent à restaurer les capacités de personnes. Cet accueil doit être attentif à protéger sans enfermer ni déresponsabiliser. Il s’agit de soutenir l’autre en difficulté tout en permettant à chacun d’être acteur dans son environnement, responsable de ses actes et sujet de son histoire.

Quelles réponses adaptées aux problèmes sociaux ?

L’essor des problèmes sociaux entraîne une double lecture. On peut y voir : soit les problèmes posés à la société, c’est-à-dire ceux auxquels leur ampleur et leur gravité obligent la société à être attentive ; soit des problèmes posés par la société, comme la conséquence de son organisation sociopolitique, qui engendre injustice et misère, ce que Mounier appelait « le désordre établi ».

D’où un conflit entre deux conceptions du travail social, qui s’opposent ou se combattent. La première se voit reprocher d’être trop « caritative », de ne pas agir sur les causes, mais seulement sur les effets. En remédiant à la misère, elle perpétue ce qui l’engendre en se transformant en un « assistanat » dangereux pour l’autonomie de la personne. La seconde, au contraire, tend à transformer l’action sociale en action politique. Et, avec tous les soupçons et l’ambiguïté qui s’attachent à cette dernière, elle s’expose au risque de négliger l’urgence, le besoin immédiat, voire d’utiliser la misère au service de soins discutables.

C’est précisément pour échapper à cette alternative que, tout en étant évidemment soucieux de répondre à l’urgence, Don Bosco, quant à lui, a fortement montré que le seul moyen de surmonter cette double insuffisance était de donner à ceux qu’il accueillait une éducation, à la fois intellectuelle, morale et spirituelle qui les rende capables de parvenir à une autonomie sainement et pleinement entendue, c’est-à-dire, selon ses propres termes, de « devenir d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens ». Pour lui, l’action sociale est indissociablement action éducative, et c’est à cette condition qu’elle est vraiment respectueuse de l’homme.

Dessine-moi un travailleur social…

Le travail social emploie différentes personnes aux multiples compétences, et aux formations diverses. C’est pour cela que certains parlent de nébuleuse des métiers du social.

L’assistant de service social et la conseillère en économie sociale et familiale

«L’assistante sociale », est peut-être la profession la plus populaire du travail social. En même temps, ce métier véhicule beaucoup de fausses images et représentations. Il est loin le temps des assistantes sociales qui arrachaient les enfants des familles et venaient contrôler les parents. D’ailleurs on ne dit plus « assistante sociale » mais « assistant de service social (ASS) ».

Si le nom a changé c’est bien parce que le travail de l’ASS s’organise autour d’un service à une population, que ce soit dans un hôpital, dans un service social, dans un collège et même dans les grandes entreprises. Face à une société complexe, elles ont tendance à se spécialiser : RMI, Logement, Sécurité sociale, surendettement, etc.

Des équipes de service social peuvent être amenées à recruter des conseillères en économie sociale et familiale (CESF). Elles apportent des compétences liées à la gestion de la vie quotidienne et familiale : alimentations, budget.

L’éducateur

Il travaille plus la dimension éducative. Il aide des enfants, adolescents et adultes en difficultés, familiales ou sociales, à construire leur vie.

L’éducateur travaille dans des domaines très variés : enfants placés dans un foyer par un magistrat, quartiers sensibles, personnes déficientes ou adultes en situation de marginalisation.

Son outil de travail majeur est l’instauration d’une relation de confiance et de proximité. Elle permet de créer un climat de confiance et de partage où pourront se dire les maux et s’inventer des chemins pour avancer. Il cherche donc à accompagner individuellement afin de prendre en compte la singularité des histoires. Il noue aussi des liens pour restaurer le dialogue avec l’environnement de la personne afin qu’elle reprenne place dans sa famille, son quartier ou un travail.

Les intervenants à domicile

Sous le terme « intervenants à domicile » se cachent plusieurs professions : auxiliaire de vie, aide ménagère ou technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF, autrefois appelées travailleuses familiales). Professions moins valorisées dans le travail social, elles sont pourtant les fourmis ouvrières d’un travail de proximité.

Concrètement, elles viennent en soutien aux personnes âgées ou dépendantes dans la gestion des activités quotidiennes. Parfois, elles sont sollicitées temporairement quand la situation familiale traverse une crise ou un événement difficile à gérer (maladie d’un parent, arrivée de nouveaux enfants dans la famille, etc.).

Plus spécifiquement, les TISF, au-delà du service fourni aux personnes, font souvent l’interface avec l’assistante sociale ou les éducateurs qui suivent la famille. Par leur présence à domicile elles développent un travail de requalification des parents en difficulté et restaurent ainsi leur capacité à exercer concrètement leur rôle. Leur présence régulière et coopérative en fait des interlocutrices moins « effrayantes » que certains travailleurs sociaux rencontrés moins souvent.

Les agents d’insertion

Force est de l’admettre, la crise du chômage a contribué à la fragilisation de nombreuses personnes. Il faut aujourd’hui s’adapter aux nouvelles exigences de l’emploi : adaptabilité et mobilité entre autres. Pour aider les personnes dans leurs recherches d’emploi et les préparer à entrer dans le monde du travail, pour créer des ponts entre l’offre et la demande, les agents d’insertion sont de vrais « têtes chercheuses ». « La prise en charge de ces personnes prend en compte l’ensemble de leurs difficultés et s’appuie sur une approche globale de la personne. Elle ne focalise pas sur une recherche d’emploi qui n’aboutirait pas, mais aide plutôt la personne à lever les principaux obstacles à son accès à l’emploi. Bref, cet accompagnement tente de réunir les conditions nécessaires à une entrée dans les réalités du travail et de la société. »

Des compétences plurielles au service d’un accompagnement social.

Force est de l’admettre aujourd’hui, quelle que soit sa qualification de départ le travailleur social doit pouvoir resituer son intervention dans une globalité. A ce titre, on parle d’accompagnement social. Par exemple l’assistante de service social qui s’occupe de problèmes de logement se trouvera rapidement impliquée dans des questions de gestion de budget, de travail et d’inscription des enfants dans des activités scolaires et péri-scolaires. C’est pour cela que le travail en équipe et en réseau est essentiel.

Les métiers du travail social souffrent d’une image « baba-cool », taxés qu’ils sont de laxisme. Pourtant, les formations des travailleurs sociaux sont souvent conséquentes et diversifiées. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux participent régulièrement à des formations continues pour rester à la page de l’actualité sociale. De plus, l’évaluation a aussi fait son chemin dans le travail social. Elle est aujourd’hui une dimension incontournable de l’action sociale. Pour être crédible, il est désormais nécessaire de pouvoir mesurer et communiquer l’impact des actions menées.

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