DBA N°942

Dieu : encore meilleur avec du sucre !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est pas grave 

Damien raconte…

C’était le septième jour de notre route à vélo vers Don Bosco à Turin. Le soleil était comme un petit vin blanc sec bien frappé par un vent d’Est tout en fraîcheur. La Création endimanchée soignait son look : talus coiffés gothiques où le vent passe les doigts dans un geste frimeur, crêtes d’iroquois délavées métissées de bleuets bleus, ou teintées de coquelicots en feu comme les copains rougis par l’effort ou cuits par le soleil. Tournesols aux gros cœurs noirs et lourds comme des bonheurs tranquilles plein les champs. Les bosquets explosaient de verts presque noirs.

Le regard portait loin. Devant, derrière, les cyclistes apparaissaient, disparaissaient, au gré des ondulations, des tournants capricieux, on les revoyait plus loin avec leurs baudriers vert fluo, il y en avait partout. Quand nous nous sommes arrêtés sur un pré d’herbe fraîche, près d’une rivière aux eaux limpides, j’étais songeur, à côté de Brice. Le Père Miguel est venu s’asseoir, comme un berger attentif : « Vous ne trouvez pas que le groupe se transforme ? »

C’est vrai, les plus jeunes surtout avaient changé. Ça ne m’étonnait pas tellement : tant de beauté, ça ne laisse pas intact. Moi-même, je me sentais contaminé par toute cette amitié des gens et de la Création. Je m’étais étendu, les yeux perdus dans les hectares de ciel. C’est à ce moment-là que ma songerie est devenue un songe. Oui ! Comme Don Bosco ! Je revoyais tous les copains fondre dans la nature comme des sucres dans une tasse de café. Ils avaient disparu, mais je savais qu’ils étaient là, négociant subtilement un tournant, traversant un petit bois, glissant sur une colline, assis sous les arbres à faire des ronds dans l’eau et des ronds de rires sur les ventres avec des galets de bonne humeur jetés dans les étangs de la vie. Et surtout, je trouvais que la Création était cent fois plus belle avec nous dedans.

Dieu était partout, dans les moindres recoins de l’espace, partout où le regard se perd. Un oiseau blanc avec des ailes d’anges me le disait. Je buvais le ciel, il avait le goût de Dieu. Je buvais la nature, elle avait un arôme d’alléluia. Voilà ce que devraient savoir les traumatisés du réveil-matin, les levés du pied gauche, ceux qui examinent le baromètre pour s’autoriser à faire pleuvoir leurs lamentations, ceux qui se perdent dans les brumes du pessimisme et prennent froid dans les brouillards de la mauvaise humeur.

Oui, je sais, il y avait aussi un petit diablotin tout rouge habillé de noir qui prétendait que cet univers est imbuvable, que la religion est sans goût et la bonté de Dieu assez fade. Mais il y avait nous, les petits sucres, pour donner du goût au café du bon Dieu : le sucre costaud qu’on appelle à la rescousse, le sucre farceur et le bricoleur, le savant et le sage, le bruyant et le silencieux, le musicien et celui qui raconte des histoires, le sucre qui fond vite sans cuiller pour touiller, celui avec lequel on peut faire un canard… Quand chaque chrétien est un sucre qui libère un potentiel de joie en fondant, Dieu et la Création prennent encore plus de saveur.

 

Jean-François MEURS

Retour DBA 942

Les fondateurs    La famille salésienne     Toutes les maisons    Centre Jean Bosco 
      
Jeunes           L'information,    DBA         Art et foi        Liens     Sommaire