DBA N°942

Un volontariat pour bâtir son avenir

 

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En compagnie de Sr Dora, directrice de la communauté de Betafo, de Marie; volontaire arrivée en février, à ma droite,

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Les enfants sont attentifs… une remise de diplôme récompense les bons élèves.

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Pour nettoyer le riz, la femme se positionne en fonction du vent.

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Notre guide pour traverser la rivière et ne pas être « croqué » par les crocodiles.

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Audrey était cette année volontaire à Madagascar avec le VIDES. Accueilli par les sœurs salésiennes dans une œuvre scolaire et de formation, elle s’est particulièrement impliquée dans la vie de l'internat et les activités extra-scolaires.

Récit de ses derniers mois et premier bilan.

« De passage à Antsirabé, je fais un détour par le marché. Ma position d’observatrice va de pair avec celle d’observée ! 4 gamins en guenilles, chargés de mofo, litchi, lampes de poche, piles, calendriers ou autres bazars me visitent… « mofo, mofo…azafady tompoko ! » (pain, pain… s’il te plait mademoiselle !). Je n’en ai pas besoin, mais quand même j’en prends un et noue ainsi le contact. Aucun ne parle le français, il faut donc se débrouiller avec mon malgache hésitant et nouveau-né. Ils s’assoient près de moi, en rond. Ils ne vont pas à l’école, ils travaillent. Le plus petit, Joro, a 7 ans, le plus grand, Aimé, en a 15. Ils me questionnent :

  • - Tu es touriste 

  • - Non, je travaille.

  • - Où ?

  • - A Betafo ?

  • -  Qu’est ce que tu fais ?

  • -  J’enseigne le français.

Il n’a pas fallu 4 secondes pour qu’une petite lumière éclaire leur regard et les pousse à me demander :

- Tu nous apprends ?

-  OK ! Première leçon : Bonjour ; manao ahoana - Comment t’appelles-tu ? Iza no anaranao? - Quel âge as-tu? Firy taona ianao ? …

Ma petite classe improvisée s’agrandit…

Les pousses, dans l’attente d’un client, nous rejoignent attirés par les rires des petits. Absorbés par notre leçon, nous ne remarquons même pas l’homme impressionnant, aussi bien par sa carrure que par sa voix, qui arrive sur nous en vociférant. Ces paroles, incompréhensibles mais pour le moins effrayantes, font détaler tous mes petits élèves qui se protègent la tête d’éventuels coups.

Je ressens une drôle de sensation : celle de ne jamais avoir été aussi seule et paradoxalement aussi entourée. Seule, parce que dénudée de tout repère, de toute familiarité. Je ne suis pas malgache et ne le serais jamais. J’ai déjà été construite ; je pense à l’occidentale ; j’agis à l’occidentale ; c’est acquis ! Arriver dans un pays étranger, c’est arriver en terre inconnue. Tout ou presque est à apprendre, à apprivoiser. Entourée parce que tout le monde, au début, vous saute dessus : vous êtes au centre des préoccupations. Vous êtes la bête curieuse, celle qui a vu d’autres choses, qui connaît d’autres réalités. Puis, avec le temps, vous êtes entouré parce qu’on s’est pris d’affection pour vous, en particulier les enfants. Ils ont de la tendresse pour la petite blanche bien loin de sa famille. A plusieurs reprises, je me suis entendue dire : « tu es comme ma fille », « t’es notre grande sœur ». Je me fais remettre le col rebelle de mon pull avec une tendresse maternelle par une collègue plus âgée, ou encore caresser la joue par une vieille dame avec la spontanéité et la sincérité d’un geste d’amour !

« Sais-tu jouer au ballon ? »

Un après-midi j’organise un match de basket entre nos deux internats. Celui-ci à peine commencé, on revoit les 4 petits bouchons en guenilles, aperçu le matin même. Je m’approche à pas de souris près du groupe. Ils me regardent, ils ne savent pas quoi faire. Ils me demandent des bonbons.

  • - Tu sais lire ?

  • - Non !

  • - Ecrire ?

  • - non !

  • - et jouer au ballon, tu sais ?

La balle m’est arrachée des mains… la partie qui m’oppose à eux est alors engagée. Bien sûr, ils gagnent ! Une fois leur bonbon collé au palais, ils attendent…

- Vous voulez revenir demain ? – Ye oui.

Sr Charline nous rapporte au repas sa rencontre le matin avec les petits sauvageons… Elle leur a appris un jeu sympa… il suffit de prendre le savon et de frotter ses mains et son visage très fort à la pompe… ils sont enchantés ! Elle les questionne et apprend que trois sont frères, l’autre un ami. Ils ont perdu leur maman et la charge de trouver de la nourriture incombe à l’ainé, qui n’a d’autre solution que d’inspecter scrupuleusement les ordures. Ils reviennent le surlendemain. Ils s’asseoient en cercle… On reste ainsi près de 45 minutes à la plus grande joie de Sr Charline, soulagée de les savoir ici plutôt que dehors, vulnérables et seuls.

- Handeha rahampisto ve ianareo ? Vous reviendrez ?

- Ye, mademoiselle Audrey

Le soir même, Sr Dora annonce son intention de chercher des parrains à ces enfants. Je suis heureuse pour eux, car en franchissant le portail des sœurs, ils ont franchi la porte d’une autre vie ; de « je suis un enfant, seulement un enfant, avec les préoccupations d’un enfant, les jeux d’un enfant, la vie d’un enfant »

J’ai appris la vie !

Voilà, le moment est arrivé où je compte les jours qu’il me reste ici. Ces neuf mois ont été ceux qui ont passé le plus rapidement, et surtout ceux qui m’ont fait devenir plus sûre, moins hésitante et peureuse face à l’avenir, aux choix à faire, à l’engagement en général. Ainsi, j’ai pris la décision de préparer le concours d’éduc spé. Voilà un moment que ça trotte dans ma tête, mais j’attendais un signe. Ce signe, c’est cette année de mission auprès des jeunes et des moins jeunes, en difficultés, qui ont du mal à se relever après avoir posé un genou à terre. A leur contact, je me sens vivante et épanouie. »

Une petite histoire que j'ai racontée aux filles :

  • Il était une fois un homme très riche et très bon. Il fit appeler son serviteur et lui dit :

  • - je veux que tu ailles sur mon terrain près de la rivière et tu y feras construire une très belle maison. Tu engageras les meilleurs ouvriers et tu achèteras des matériaux de très bonne qualité. Cette maison doit être parfaite car elle est pour un ami qui m'est très cher. As-tu bien compris ?

  • - Oui maître.

  • Là-dessus, le riche lui donne beaucoup d'argent.

  • Le serviteur commence les travaux, mais prend des ouvriers moyens et des matériaux bon marché, décidé à garder le surplus d'argent pour lui. De l'extérieur la maison est parfaite, mais à l'intérieur…tout laisse à désirer !

  •  Une fois les travaux terminés, son patron arrive :

  • - Voilà maître, la maison est terminée. 

  • -Tu as pris les meilleurs ouvriers et les meilleurs matériaux ?

  • - Oui, car je sais que cette maison est pour un ami très cher.

  • - Très cher oui. Cette maison, elle est pour toi mon bon ami !

Moralité : Fais les choses pour les autres comme si elles étaient pour toi !

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