| DBA N°942 |
La prière est une ambassade |
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Luc 7, 1-10 Le petit serviteur est malade, le jeune esclave va mourir. Que vaut la vie d’un esclave ? Son maître, le centurion, est un homme de guerre. Qu’est-ce qu’une vie pour quelqu’un qui fait le métier des armes ? Pas de quoi déranger le chef suprême ! Eh bien si ! Et c’est déjà cela le miracle. Le centurion mobilise toutes les forces disponibles ; diplomates et troupes sont envoyés en mission. Les notables juifs acceptent l’ambassade malgré leur répugnance à faire confiance à ce Jésus qui ne respecte pas la religion, qui transgresse la règle du sabbat ; ce Jésus qui va manger chez les traîtres à la nation et les pécheurs, qui s’entoure de racaille ! Au lieu de donner un bon coup de karcher dans tout ce capharnaüm de païens et d’étrangers ! Certes, les notables agissent à cause des mérites du centurion, et dans leur propre intérêt. Mais quand même, qui l’eut cru !? Les amis du centurion interviennent à leur tour. J’aime penser, avec certains commentateurs, qu’ils sont soldats. Ce centurion n’est pas comme les autres chefs. Certes, il sait se faire obéir par ses subalternes, comme il l’explique. Mais il sait nouer avec eux des relations d’amitié. Et puis, il est plein de délicatesse : il sait combien il est difficile d’accueillir un juif dans la maison d’un païen ; alors, il fait dire à Jésus qu’il ne doit pas se compromettre. Il se rend compte qu’il a mis en route la grosse artillerie. Une parole suffira. L’essentiel, la parole de guérison. Jésus n’a pas fini de s’étonner. D’habitude, c’est lui qui raconte des paraboles. Or, cette fois, il écoute, et c’est le centurion qui enseigne, à partir de son expérience. La confiance du centurion repose sur du vécu. Jésus « admire ». Même racine que « miracle ». Le miracle, c’est ce qui fait ouvrir les mirettes, ce qui suscite l’admiration. Jésus voit la foi du centurion : un païen qui fait confiance à un juif ; un chef qui le reconnaît comme le super-chef. Il voit sa charité : un privilégié qui lance un formidable mouvement de solidarité en faveur de celui qui cumule tous les handicaps dans la société : être enfant, étranger, esclave ; un maître qui appelle son esclave : « mon enfant ». Il clame son indignité, mais il juge son esclave digne de toute l’attention de Jésus et des autres. Le centurion est un fameux éducateur ! Il n’est pas figé dans un rôle, une fonction, un statut hiérarchique, une nationalité, une identité. Il sait opérer en lui et autour de lui les changements nécessaires. Dieu n’a pas attendu que nous soyons dignes d’amour pour nous aimer. Mais il est venu et il vient dans notre monde, sous notre toit ; il nous apprend que celui qui a le moins de prix à nos yeux est le plus digne de son amour. On ne va pas attendre d’être digne pour prier, et il n’y a peut-être pas de « bonne » prière, de demande pure et totalement désintéressée : simplement, nous aimons être les ambassadeurs de ceux que nous estimons et aimons.
Jean-François MEURS |
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