DBA N°941

Jérôme Watier : « J’aime la perfection »

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Ancien élève de Don Bosco Liège, Jérôme Watier est devenu meilleur ouvrier de France 2004 en sculpture. Il s’est installé dans l’Aisne.

Au centre d’une grande pièce toute blanche aux fenêtres immenses, ruisselantes de lumière, Jérôme Watier enlève les sacs plastiques qui recouvrent une statue en terre blanche.

DBA : C’est un moulage ?

J.W. : C’est la reproduction d’une Vierge à l’enfant du XVIIe. Elle est à l’état d’étude. Comme je travaille d’après photos, ce n’est pas évident de retrouver les volumes. C’est de l’argile, mais la statue sera en bois. Je dois me remettre dans l’esprit du XVIIe siècle et essayer d’être le plus fidèle possible au style. Il y aura des différences…Le plus difficile ce sont les regards et l’expression des visages. L’original est une Vierge qui se trouve dans un château familial en Ardèche, et un couple de la famille qui habite Versailles se sentait frustré de ne pas l’avoir. Ils m’ont demandé de réaliser une copie. Elle sera faite en chêne, peinte en blanc et doré à l’or fin. Je l’ai commencée il y a trois mois, il faut que les gens viennent la voir. Il faut que cela ne sèche pas trop vite. D’autre part en prenant mon temps, je peux laisser reposer mes yeux, et retravailler. Quand je travaille trop longtemps sur une œuvre, je ne vois plus les défauts. Or j’aime la perfection…

DBA : Vous allez la cuire ?

J.W. : Non, car elle a des armatures en bois, et une tige en fer au centre. Elle fait 25 kg de terre. Mais je vais la mouler en plâtre pour pouvoir la conserver. Cela va me permettre de la passer à la machine pour faire l’ébauche. C’est une machine qui peut faire quatre copies à la fois. Je mets le modèle avec une surcote assez importante, et la machine va réaliser une ébauche qui dégrossit le volume, ensuite je termine à la main.

DBA : Comment êtes-vous venu à la sculpture ?

J.W. : J’ai commencé ma formation à Saint-Quentin, dans l’Aisne. J’ai fait ébénisterie et sculpture. Et j’ai travaillé chez un ébéniste. J’ai vu que ça n’était pas mon truc. Ce que je voulais, c’était la sculpture. Et je suis parti pour le service militaire en coopération en Afrique avec les Frères Missionnaires des Campagnes, pendant deux ans. En revenant j’étais complètement perdu, dans un autre monde. Mais les doigts me chatouillaient de reprendre la sculpture. J’ai voulu suivre une formation.

Je suis arrivé à Liège, à Don Bosco, dans l’esprit de faire quelques mois seulement. Et finalement j’en ai fait trois ans ! J’avais 24 ans et je suis arrivé dans une section où tout le monde avait 18/19 ans. La première année, les profs ont été sympas, ils m’ont tout de suite compris, et ils m’ont fait faire le programme des trois ans en une année. Mais finalement, ça a été trop vite, car à la fin de l’année j’ai eu la chance d’aller en voyage d’étude avec les 3e année à Paris, visiter les musées. Et là, gros découragement, parce que je ne savais rien faire ! Pendant quinze jours je n’ai pas su tenir une gouge J’étais totalement démoralisé. Mais ensuite, j’étais boosté : j’ai voulu encore, encore apprendre Et j’ai rempilé pour une 2e année. La seconde année, même topo, et j’ai rempilé pour une troisième année.

DBA : Vous êtes resté à Liège ?

J.W. : Dans les voyages à Paris, on allait visiter l’atelier d’un sculpteur réputé. Tout naturellement, à la sortie de mes 3 ans, je suis allé le voir pour trouver un boulot.

Il m’a conseillé de venir à Paris, et de m’inscrire à l’école Boulle en cours du soir. C’est ce que j’ai fait pendant 3 ans, tout en travaillant chez un artisan du Faubourg Saint-Antoine. J’ai poursuivi par deux ans aux Beaux-Arts sur des modèles vivants : On avait un modèle vivant, on devait le dessiner puis le sculpter en modelage de terre. Ensuite j’ai encore fait deux ans dans une école d’art appliqué. En tout, cela fait 15 ans de formation !

DBA : Que retenez-vous de toute cette formation ?

J.W. : Qu’il faut de la patience pour faire cela. C’est comme les sportifs, on y arrive à force de travail et de persévérance. J’ai recommencé chaque fois que je ratais.

Ensuite je me suis installé à Paris à mon compte. J’ai voulu voir si j’étais au niveau. Je me suis inscrit au concours du meilleur ouvrier de France. J’ai demandé le sujet, et je m’y suis attelé. Deux ans après, j’ai été élu meilleur ouvrier de France 2004. Je me suis dit alors qu’il était temps de partir de Paris, En mars 2004, j’avais le titre ; en avril, à Pâques, je me fiançais ; en août, je trouvais la maison, et en octobre je me mariais…

DBA : N’êtes-vous pas un peu enterré ici, loin des clients ?

J.W. : Non, tout le monde comprend qu’on a besoin de calme et d’espace pour faire ce métier, cette passion. La clientèle n’est pas d’ici, elle est nationale. J’avais déjà ma clientèle sur Paris, je l’ai gardée. Et j’en ai eu d’autres, parce que j’ai fait des expositions, j’ai un site internet. Je fais aussi bien de la restauration que de la création. Mais je ne fais pas encore de création personnelle totalement originale, cela viendra sûrement. Le sujet qui m’intéresse particulièrement, c’est le religieux. J’aimerais ne faire que de l’art sacré.

DBA : Vous avez une pièce avec des machines, mais on voit peu d’outils dans votre atelier ?

J.W. : C’est que tout est rangé. J’ai 7 tiroirs remplis de gouges, plus de 200. Certaines viennent même de Liège. Car mon professeur, M. Drugman, qui était également sculpteur, est décédé pendant que j’étais là-bas. Son épouse a dit qu’il fallait que ses outils servent à ses élèves, et on a fait le partage.

DBA : En plus de la Vierge, quels sont vos projets actuellement ?

J.W. : Je termine un ambon pour une communauté religieuse. Je dois encore le teinter, le vernir et le livrer.

J’ai un projet pour décorer un magasin de bijoux de luxe. La personne demande des bustes pour présenter des colliers et des supports pour mettre des bracelets, des boucles d’oreille, etc. tout sera fait en bois. Il y a 40 bustes à faire.

J’ai eu aussi il n’y a pas très longtemps un marché pour un château en restauration. Je refais des petits panneaux qui viennent au bas des fenêtres. Je dois respecter le style Renaissance. Je m’inspire de nombreux modèles et je crée les dessins originaux. Le projet est accepté par l’architecte des Bâtiments de France et la cliente.

Propos recueillis par Jean-Pierre MONNIER

Site internet : www.watier-jerome.com

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