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Le slam,
un mot qui flotte dans l’air depuis quelque temps, un mot qui a reçu
trois victoires de la musique cette année, un mot qui se retrouve dans
les estaminets de la poésie française ou dans les rimes de nos
banlieues, un mot qui remet les mots au goût du jour …
Le
slam (de “ claquer ” en anglais), c’est lire un
texte de son choix ou de son cru et le faire partager à un auditoire
plus ou moins improbable (rue, scènes ouvertes …). Le slam autorise
la poésie, le quolibet ou le panégyrique, en vers ou en prose.
Quelques règles, toutefois, à ce courant qui trouve ses origines dans
le hip-hop et dans des arts oratoires plus anciens et plus académiques.
Juste un texte, pas d’artifices (décors, costumes ou fond musical), même
si certains grands slameurs comme Abd Al-Malik
sont passés maîtres dans l’art d’associer le parlé et le jazz par
exemple. Pas plus de cinq minutes, pour laisser le temps à chacun de
s’exprimer. Et enfin, selon la formule consacrée : “ un
vers dit, un verre offert ”, offert par le maître des lieux !
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J'ai
rencontré la poésie, elle avait un air bien prétentieux
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Elle
prétendait qu'avec les mots on pouvait traverser les cieux
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J'lui
ai dit « j't'ai d'jà croisée et franchement tu vaux pas
l'coup
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On
m'a parlé d'toi à l'école et t'avais l'air vraiment relou »
-
Mais
la poésie a insisté et m'a rattrapé sous d'autres formes
J'ai compris qu'elle était cool et
qu'on pouvait braver ses normes
[…]
(Rencontres,
Grand Corps Malade)
Un vers dit, un
verre offert
Pour
mieux cerner le mouvement, je décide de me rendre un soir dans une “ slam
session ”, dans un bar du vieux Tours. L’assistance, très hétéroclite,
est simplement réunie autour d’une tisane, dans une ambiance tamisée,
par amour des mots et de l’échange. “ Le scribe ”,
comme il se fait appeler par ses comparses slameurs, a ce soir-là la
responsabilité d’appeler chaque slameur sur la minuscule scène en
bois. Il annonce tout d’abord Géraldine, une cinquantenaire enjouée.
Elle récite une fable qui fait beaucoup rire l’assemblée – “ elle
la fait à chaque fois, celle-là ”, me glisse un habitué. A Géraldine
succède Sélim, grand noir timide qui déclame ses textes par saccades,
les yeux fermés, en agitant doucement la main. Extrait : “ Le
temps s’dégrade / l’Homme a bradé son âme / pour une
pomme et ses 21 grammes / d’ignorance / la connaissance / est
forcément la source, la renaissance / l’amour, la naissance / de nos
cinq sens ”. Applaudissements. C’est au tour de Monica,
petite femme aux cheveux courts, qui a choisi de lire le texte d’une
chanson allemande et la traduction qu’elle en a faite. Le public apprécie.
Puis c’est un jeune barbichu à l’œil rêveur qui monte sur scène,
Adrien, surnommé ‘le facteur de l’amour’ ! Après un
discours liminaire prononcé dans la bonne humeur, le silence se fait :
“ Ils ont coupé les arbres, qui sont des versets écrits par
la Nature, pour en faire du papier pour écrire leurs stupidités. De grâce
éloignez-moi de toute cette philosophie qui ne rit pas, de toute cette
sagesse qui ne pleure pas, et de grâce éloignez-moi de toute cette
grandeur qui ne s’incline pas devant les enfants ”. Court
et naïf, peut-être, mais n’est-ce pas cela le slam ? Jeanne,
doyenne de la petite salle, se lève, félicite Adrien et prend la
parole : “ je vais lire un poème d’amour, et même d’amour
conjugal, bien qu’on se marie de moins en moins ”,
annonce-t-elle en souriant. Et la soirée continue ainsi, entre les
alexandrins de Rock’n’Nico (recueils à vendre !), les paroles
de sagesse tzigane de Déborah et les souvenirs de guerre de Gerhard. La
soirée s’achève dans la bonne humeur et dans le sentiment d’avoir
entendu mille histoires différentes.
Créer un élixir
« Ce
n’est pas juste un art de seconde zone, ou de l’art-thérapie, comme
certains le croient. Si déjà des personnes ont le culot de venir dire
leur texte sur une petite scène, alors déjà c’est réussi »,
confie Xavier, alias LX, qui dirige la petite troupe. « Ce qui
m’intéresse, c’est d’essayer de créer un élixir. Le public qui
va venir slamer, ce sont les ingrédients et il y a un animateur qui est
le druide ». Des slam sessions comme celle-là, il y en a tous les
mois dans de grandes villes de France. Elles réunissent souvent
connaisseurs et débutants, mais l’ambition de tels collectifs est
aussi d’apprendre aux jeunes à avoir confiance en eux à travers des
ateliers de slam. « En toute honnêteté les jeunes ont du mal [à
écrire], c’est difficile. Pourquoi ? Parce que, comme on peut
l’entendre dans nos soirées, c’est nos tripes qu’on met sur la
table ; ce n’est pas évident à faire, surtout quand on est
adolescent ! » Pour LX, qui est animateur auprès
d’adolescents, le plus dur est de briser la barrière qui se dresse
souvent entre le jeune et l’écriture, considérée comme trop
scolaire. « Il y a aussi la part de mise en voix : on va
essayer de faire des jeux, de passer un bon moment, et puis on va
oublier toute l’intimité et toute l’émotion qu’on a pu mettre
dans un texte et apprendre à en faire part aux autres. Quand on y
arrive, c’est beau et c’est fort ! ». Au final, lire un
texte s’apprend à tout âge, à condition d’apprendre à écouter.
Pour LX, c’est ça le meilleur du slam : « En rentrant chez
moi, en me couchant, je vois vraiment l’intérêt du slam ! Écoutons-nous
les uns les autres ! ».
Simon
CHAMPIGNY
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DBA 941
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