| DBA N°941 |
Un livre comme des portes sur la vie |
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L’écrivain, Pierre Bottero, écrit des romans dont
l’univers DBA. : Dans vos livres, on trouve souvent des portes qui s’ouvrent sur des mondes magiques. Pourquoi ? Pierre Bottero : J’adore les portes ! Celles de l’imaginaire, bien sûr, qui offrent l’évasion aux lecteurs… et aux auteurs, mais également les portes plus discrètes que l’on franchit tout au long de sa vie et qui permettent de progresser, d’avancer. Ces portes que sont les rencontres, les voyages, les prises de conscience… J’aime également les portes toutes simples pour la possibilité qu’elles nous donnent de les ouvrir, même quand elles paraissent verrouillées. J’aime les portes parce que, sous de faux aspects de barrages, elles sont en réalité synonymes de passages. Des passages pas toujours évidents à trouver ou à franchir, certes, mais qui en sont d’autant plus riches et gratifiants. Je crois, en fait que j’aime les portes parce que je déteste les murs et que malgré l’ingénieuse invention de l’échelle, une porte reste le meilleur moyen de franchir un mur. DBA : Vous dites vous-mêmes que les personnages, les situations s’imposent à vous-mêmes. Arrivez-vous à vivre encore dans le réel ? P.B. : Oui, bien sûr. Si je crois aux vertus équilibrantes de l’imagination et du rêve, j’ai parfaitement conscience du monde dans lequel je vis, de mon âge, de mon entourage, de mes responsabilités… de la réalité. Il n’y a pas de dragon dans mon jardin, du moins pas à ma connaissance, et je n’ai jamais tenté de lancer le moindre sort magique de toute ma vie. De la même façon, si je considère qu’une existence n’est qu’une seule ligne tracée de la naissance à la mort, refuse de segmenter la mienne en périodes imperméables et, par conséquent, si j’accorde toute l’importance qui leur est due à mon enfance et ma jeunesse, je n’en assume pas moins sereinement mon statut d’adulte. Les seuls moments où tout bascule et où j’ai le sentiment d’échapper au réel sont en fait les moments où je prends conscience du nombre de lecteurs avec lesquels je partage mes histoires. Les plus belles aventures ne sont pas toujours dans les livres. DBA : Lorsque vous écrivez, savez-vous où vous voulez en venir ? Ne vous arrive-t-il parfois de perdre le fil de votre créativité ? P.B. : Je ne commence jamais une histoire sans en maîtriser les tenants et les aboutissants. J’y pense de longues semaines, parfois des mois, je m’en imprègne, je découvre les lieux, je fais la connaissance de mes personnages, je me pose des milliers de questions auxquelles je m’impose de trouver des réponses. Lorsque c’est fait, et uniquement à ce moment là, j’ouvre mon ordinateur. Difficile de se perdre dans ces conditions. DBA : Vos récits sont porteurs de valeurs : l’insertion des immigrés et leur richesse culturelle, la famille comme éducatrice du lien social, l’accueil positif du handicap. Est-ce sciemment ? P.B. : Écrire m’a permis de découvrir une nouvelle dimension de l’honnêteté. Être celui que je suis, sans tricher, sans faire semblant. Dire ce que je pense, ce que je ressens. C’est le prix qu’un auteur doit payer pour que son livre joue son rôle de passeur. Dans mes romans, j’offre à mes lecteurs de partager mon imagination mise en forme par mes mots, mais au-delà de cette imagination, ils peuvent trouver les choses auxquelles je crois. Ce que l’on peut appeler mes valeurs. Je ne cherche pas à imposer ces valeurs à quiconque, ni même à les placer en avant, elles sont là parce qu’elles font partie de moi et que le livre aussi est une partie de moi. Je crois, par exemple, en la richesse de la différence, tandis que l’intolérance et le racisme me révulsent. Ces valeurs, heureusement partagées par nombre d’êtres humains, sont liées à ce que je suis et il me serait tout aussi impossible d’écrire en les oubliant que lire en gardant les yeux fermés. DBA : Vous présentez aussi des adultes en relation éducative avec des adolescents, votre expérience de père et d’instituteur vous a-t-elle aidé ? Avez-vous une idée d’éducation derrière la tête lorsque vous écrivez ? P.B. : J’ai en effet la chance d’être père et, pendant vingt ans, j’ai été instituteur. Père et instituteur. Deux façons différentes et complémentaires d’aider des jeunes à grandir. L’écriture en est une troisième. Le livre, porteur de connaissances, de rêves et d’émotions. Si mes expériences de père ou d’enseignant m’ont aidé à comprendre les jeunes et à nourrir mes livres, lorsque j’écris, je ne suis plus ni père ni enseignant. Je suis auteur. Le partage prime sur l’éducation, le cadeau sur la pédagogie. Je mets des portes à la disposition de mes lecteurs. Libre à eux de les franchir ou pas. Je ne retrouve un rôle éducatif que lorsque je reçois des courriers dithyrambiques de lecteurs victimes du « star-system ». J’explique alors que le mot fan est un diminutif de fanatique, qu’un auteur est un type comme un autre qui n’a aucune raison d’être adulé, que seuls comptent l’histoire et le plaisir qu’on éprouve à la lire ou à l’écrire. DBA : Vos récits peuvent aider les jeunes à réfléchir sur eux-mêmes, notamment en ce qui concerne la violence. Vous semblez très psychologue. Avez-vous reçu une formation dans ce domaine ? P.B. : Non, pas de formation mais de la chance. À commencer par celle d’avoir une sœur aînée handicapée. Enfant j’ai souvent eu envie de l’étrangler tant je la trouvais insupportable puis j’ai découvert qu’en l’embrassant, je la rendais beaucoup plus jolie et agréable. Chance d’avoir pratiqué l’Aïkido pendant pas mal d’années jusqu’à admettre que l’ennemi le plus dangereux n’était pas un hypothétique agresseur mais moi. Chance d’avoir enseigné dans des quartiers difficiles ce qui m’a permis de comprendre que le plus court chemin pour gagner le respect de l’autre est de faire preuve de respect à son égard. DBA : Quel est votre moteur ? Peut-on dire que vous écrivez parce que vous aimez les jeunes ? P.B. : Bien sûr, on peut dire cela mais il serait plus exact de faire plus court. Juste un peu plus court. J’écris parce que j’aime.
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