| DBA N°941 |
La ferme du bonheur |
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En pleine campagne avec les plus pauvres des villes J’ai été envoyée près de Salvador da Bahia, dans un village en pleine campagne regroupant des bénévoles Points-Cœur, des familles en souffrance, des enfants des rues, des malades et handicapés, souhaitant quitter le contexte difficile de leur quartier. Le but est d’envisager pour chacun d’eux, au plan humain, familial et social, des perspectives plus saines que celles qui trop souvent se réduisent dans le bidonville à la violence, à la drogue, à la prostitution, à la rue. Il leur est proposé de mener une vie plus équilibrée, dans la nature, de retrouver une structure familiale, de l’éducation, du travail (artisanat, cuisson du pain, travail au potager, à la ferme auprès des animaux). Je partageais la vie du village très simple, sans eau courante, ni électricité, vivant dans une maison avec des enfants et des adolescents, comme dans une famille. Une école remettait à niveau les plus en retard. J’y donnais des cours aux plus petits et aux enfants déficients. Les autres allaient à l’école du village. Les après-midi étaient consacrés aux visites, dans une prison pour enfants, un orphelinat, une léproserie, un foyer de personnes âgées, les bidonvilles. Un concentré de souffrance Je m’attendais à la pauvreté matérielle. Je peux même dire que je la recherchais et je m’y suis habituée. Mais je ne m’attendais pas à une telle souffrance chez les enfants. Pamela, par exemple, a été violée, battue avec une ceinture, mourait de faim, était pleine de vers avec un ventre énorme, couverte de poux et elle n’avait que 5 ans. Une telle accumulation sur des enfants innocents, c’est bouleversant. Ma « famille » s’est renouvelée au cours de mon séjour mais en voici une idée. Il y avait Ruti, une mère de famille dépendante de l’alcool mais qui voulait s’en sortir et apprenait à lire et à écrire avec courage et enthousiasme. Marcelo, un électronicien en herbe qui s’amusait à ouvrir les radios pour en étudier le fonctionnement. Il avait déjà accumulé tant de blessures qu’il se montrait parfois violent en paroles et en actes. Everaldo, qui à ma grande tristesse est reparti à la rue. Il ne supportait plus les règles de vie. Pour lui, après la liberté de la rue, obéir était une torture. Rodrigo a succédé à Everaldo. Il avait 15 ans. Battu par un beau-père qui le détestait et ne l’acceptait pas à la maison. Il avait vécu de nombreuses années dans les rues. Brenda et Ingrid, les deux sœurs de Pamela sont venues la rejoindre. Des petites filles très attachantes mais aussi blessées intérieurement que leur sœur Pamela. Leurs bêtises étaient si fréquentes, si énormes et si drôles que souvent j’avais du mal à me retenir d’éclater de rire pour les gronder… et j’avais beau raconter l’histoire de Pinocchio, les mensonges abondaient ! Violence-Pardon-Amour gratuit La violence étant omniprésente au Brésil, elle l’était encore plus à la Fazenda où les personnes avaient un passé de souffrances. Enfer et paradis se côtoyaient d’une manière très intense. Les relations éducatives nous rendaient humbles. Certains enfants n’avaient connu aucune contrainte, aucune autorité dans la rue. D’autres avaient été éduqués par la violence et les coups. Comment faire, si l’on ne voulait pas user de cette même violence ? Deux exemples parmi tant d’autres : Léonardo, 16 ans, me menace avec un couteau ou Marcelo n’acceptant pas une punition bien méritée me lance avec rage un objet que j’évite de peu. J’apprends alors à contrôler la violence qui monte en moi, à demander de l’aide si besoin est. C’est là que la pédagogie de Don Bosco m’a aidée. C’est avec l’amitié et la confiance, que nous leur portions, qu’ils commençaient à nous obéir et à nous respecter. Ces frictions étaient toujours suivies de pardon et d’embrassades de chacun. Nous redevenions amis… Une vie de prière On est démuni devant des enfants de 5 ans déboussolés dans leur sexualité pour avoir assisté à la prostitution de leur maman ou qui battent violemment leur poupée. On se dit qu’ils sont tellement blessés qu’on n’est pas capable de les aider. On se sent pauvre, faible et on demande l’aide du Seigneur. Leurs blessures nous poussent à la miséricorde. On s’engage à faire œuvre de compassion vis-à-vis de nous-mêmes car c’est parfois difficile d’aimer et vis-à-vis des autres, comme Marie au pied de la croix, restée debout à côté de la souffrance. La vie de prière est très intense à la Fazenda mais elle est indispensable pour trouver la paix et la force. Sans elle, je serais repartie en courant. Outre la prière communautaire et personnelle des volontaires, tous les soirs toute la fazenda participait à la messe. Les enfants étaient à tour de rôle enfants de chœur, eux d’anciens voyous ne sachant ni lire, ni écrire, et ils étaient très fiers. Il y avait aussi un pardon communautaire le mardi soir. Tout le monde se retrouvait et chacun, s’il en avait envie, pouvait demander pardon à un tel pour ceci ou cela. Reconnaître ses torts est difficile mais c’est contagieux ! Le retour L’expérience du Chili m’a fait minimiser et préparer ce retour en France. Il n’est pas difficile, il est beau. Dieu s’occupe de moi. J’ai prié pour cela. A mon retour, un logement m’attendait, j’avais été inscrite à mes concours et il fallait que je me mette au travail. Je n’ai pas le temps de la nostalgie. Nous sommes quatre à vivre ensemble avec une vie de prière ce qui permet une certaine continuité. Je participe à une association qui aide les jeunes en difficulté. En rentrant du Chili, j’avais souffert de la différence matérielle de nos pays mais cette fois-ci je ne m’occupe pas de cet aspect. Je suis partie au Brésil pour chercher Dieu. Il m’attend ici. Il est partout. J’ai vu Dieu au cœur de l’homme. Les souffrances sont dans le cœur des gens là-bas, mais aussi ici. La mission continue. Témoignage recueilli par Joëlle DROUIN |
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