LE  CENTRE  JEAN  BOSCO

RESSOURCES PÉDAGOGIQUES

 
Les fondateurs
Famille salésienne
Toutes les maisons
Centre Jean Bosco 
Pastorale
L'information,  DBA 
Art et foi 
Liens
Sommaire

Un nouveau système préventif ?

Interview du Recteur Majeur  don Vecchi par ANS au début du nouveau millénaire 

 

ANS. - Il a quelques années, votre prédécesseur, le P. Egidio Vigano, a parlé d‘un " nouveau Système préventif " pour lancer le charisme de Don Bosco vers le troisième millénaire. Que peut signifier cette expression ?

RM. - Dès le début, il y a eu des réalisations bien caractérisées du Système préventif. Entre 1910 et 1940, par exemple, les conditions étaient très différentes de la fin du siècle dernier ou de celles d’aujourd’hui. Beaucoup de signes de différence sont déjà du domaine public : la communication sociale, la nouvelle structuration de la société qui a désagrégé les grandes forces éducatrices qui fonctionnaient dans le passé, la nouvelle image de l’institution éducative, la plus grande liberté de conscience au premier âge, etc.

ANS.- Si l’on parle de " nouveau ", ce n’est donc pas parce qu’il risque d’être dépassé ou de perdre sa vitalité dans le temps, mais parce qu’il y a des poussées de renouveau qui requièrent leur mise en œuvre...

RM.- Justement. Je crois qu’il est légitime d’utiliser l’expression " nouveau Système préventif " ; mais je crains deux confusions. Tout d’abord de considérer que le Système préventif se serait constitué comme quelque chose de rigide et de bien déterminé... En fait, le Système préventif était ce qui inspirait toutes les réalisations. Les réalisations étaient le résultat et le fruit d’une grande inspiration : le Système préventif.

La deuxième confusion possible est de penser qu’il suffirait de se mettre ensemble pour pouvoir faire en deux ou trois ans un nouveau Système préventif, et arriver ainsi à un produit fini... J’estime que le Système préventif est surtout une âme, un style, quelques grandes idées pleines de virtualités qui ne cessent de se rénover. À un certain moment, il est possible d’arriver aussi à des réalisations qui se présentent comme des modèles, mais gare si elle se figent, comme si elles pouvaient se transférer telles quelles d’une époque à l’autre.

 

ANS.- Nous pouvons donc dire qu’il s’agit d’une réalisation progressive, selon la pensée même de Don Bosco, qui était convaincu de déposer " le germe " qui serait développé par ceux qui viendraient après lui (MB XI 309). Le P. Rinaldi aussi était convaincu que les idées de Don Bosco se réaliseraient bien mieux par ceux qui viendraient après, " parce que le temps convaincra les cœurs de l’excellence de la méthode ".

RM.- Il faut dire que, dans leur contexte, nos pères l’on bien appliqué ; ils ont tiré de cet esprit et de ce style, tout ce qui était possible vu le circonstances. Mais il est vrai que, devant des défis comme ceux du troisième millénaire, le Système préventif révèle des virtualités et des intuitions simples, comme la roue et le feu, mais qui valent pour tous les temps. C’est, en effet, encore avec la roue qu’on travaille et avec le feu, qu’on fond les métaux... Ce que tous auraient pu savoir, quelqu’un l’a mis au point et mis en pratique de façon magistrale. Je donne un exemple. Pratiquée dans les circonstances aujourd’hui : abandon, solitude, fils uniques en famille et désertion de l’école, la relation éducative gratuite (non générique) peut parfois se révéler comme l’une des grandes ressources...

 

ANS.- Quels sont, à votre avis, les caractères essentiels de nouveauté ? Sur quoi devrait se concentrer l’effort de renouveau du Système préventif en vue du troisième millénaire ?

RM.- Si nous reprenons chaque phrase où Don Bosco a cherché à ramasser ses idées, nous voyons qu’elles libèrent de nouvelles significations. Prenons, par exemple, le mot " raison " : à notre époque, les jeunes souffrent assez bien de déséquilibre et d’excès de tout genre sans pouvoir exercer leur discernement vis-à-vis des incitations qu’ils subissent ; ils ont de la peine à gérer leur vie avec tranquillité et à se constituer une certaine sagesse (comme disait Don Bosco). Nous comprenons alors ce que veut dire la raison dans la vie...

Ou bien le mot " religion " : l’enfermement dans l’horizon temporel, la religiosité " sauvage ", le libertinage éthique qui désagrège la personne... nous révèlent l’importance de faire comprendre ce que veulent dire la conscience, la foi, l’ouverture aux appels du mystère, et toutes les formes de religiosité qui éclosent du christianisme.

 

La même chose peut se dire du " cœur " et de l’autre formule " bon chrétien et honnête citoyen ", avec tout ce que comporte la société d’aujourd’hui. Sans exclure, c’est clair, que les sciences psychologiques, sociologiques, pédagogiques ont pu ajouter des dimensions qui ne se déduisent pas si facilement de l’intuition simple de Don Bosco... Ce cadre cohérent peut donc très bien accueillir aussi des apports substantiels dus au progrès des sciences de l’éducation.

 

" Être heureux de voir un jeune bien mûrir dans son intelligence, son cœur et sa sociabilité ".

ANS.- Une nouveauté au niveau du Système préventif exige aussi un " nouveau profil d’éducateur ". Quel éducateur pourrait appliquer ces progrès et ces nouvelles exigences ?

RM.- Si nous regardons encore Don Bosco, nous voyons que la racine, c’est sa passion d’éduquer. Cette racine, nous l’appelons charité pastorale. Il appréciait en outre beaucoup la vocation du jeune à connaître Dieu et à communier avec lui, et c’est là qu’il situait le bonheur du jeune... Et tout cela aussi dans une vision positive et optimiste de la vie, pleine de possibilités. En même temps, il s’enthousiasmait pour l’humain, la joie, le jeu, dans l’optique de l’éternité. Il aimait que les jeunes développent leur grande vitalité si sympathique. Non pour passer le temps, mais parce qu’il voulait les conduire au mieux. C’est cela que j’appelle la passion d’éduquer : être heureux de voir un jeune bien mûrir dans son intelligence, son cœur et sa sociabilité ; aimer développer un talent qui se révèle ; réveiller ce qui s’est endormi. Quand elle se trouve à la base, il est possible de rencontrer, d’entrer en relation, de comprendre et de dialoguer. Cela aussi est un problème d’aujourd’hui : mettre en jeu la parole et la réponse pour pouvoir proposer peu à peu quelque chose. Elle est pleine de sagesse, cette phrase de Don Bosco : " Que les jeunes arrivent à aimer ce que vous proposez... ". C’est alors une réponse totale de leur part.

 

ANS.- Avec cette passion d’éduquer et cette volonté d’accompagner le jeune, ne faudrait-il pas encore un nouveau type d’action éducative ?

RM.- Il y a une grande différence entre l’action du temps de Don Bosco de type total (qui englobait toute la vie du jeune), et la synergie et la convergence nécessaires aujourd’hui. Aujourd’hui, nous éduquons en plein air, au carrefour des communications. Le travail éducatif doit donc se constituer sur des critères d’échange, de liberté, de possibilité de s’exprimer et de se corriger ; un monde ouvert, non clos, même si les éducateurs y jouent un rôle spécifique. Ouvert à diverses exigences : famille, éducateurs auxiliaires, institutions du territoire qui travaillent à la promotion, vie même du territoire etc. ; mais à présent aussi à de nouveaux intérêts qui font à présent partie de la vie. Dans l’éducation, il faudrait toujours composer avec ce qui s’élabore dans des conditions de laboratoire, et ce qui se vit en commun, avec les gens.

ANS.- L’efficacité de l’action éducative de Don Bosco tenait aussi à la multiplicité des langages et des médiations pour faire appel à toutes les ressources du jeune. Quels sont aujourd’hui les langages et la communication qui peuvent donner plus d’efficacité au Système préventif ?

RM.- Je crois qu’il est très juste de dire que Don Bosco cherchait à faire vibrer ses propositions dans tous les domaines de la personne : intelligence, cœur, sentiment ; jeu, école, église ; théâtre, musique, fanfare, chant ; fleurs, lumières, cérémonies... Tout cela nous met dans le grand contexte de la communication. Mais il y a un point à ne pas oublier : Don Bosco a bien vu que plus le langage est personnel et personnalisé, il mobilise le jeune, plus il l’éduque, plus il fait de lui une personne. La puissance du langage imprégnait toute sa relation ainsi que l’influence du milieu où le jeune se sentait bien et valorisé personnellement. Aujourd’hui, nous devons donc introduire le langage des grand moyens, mais sans penser qu’ils sont les seuls à exercer une influence, surtout s’ils s’adressent à la masse. Une autre idée de Don Bosco est le principe de l’activité : la place offerte au jeune de s’associer activement. Il dit très clairement que c’est là que nous faisons un travail éducatif efficace. La psychologie moderne le confirme : un langage, une appartenance, un travail de groupe fortement mobilisateurs sont capables de neutraliser de forts messages " massifiants " et des incitations négatives venant du dehors.

Retour ressources    Mail.gif (4196 octets)salesiens

................

 

Retour ressources

 

Les fondateurs    La famille salésienne     Toutes les maisons    Centre Jean Bosco 
      
Pastorale           L'information,    DBA         Art et foi        Liens     Sommaire