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ANS.- Si l’on parle de " nouveau ", ce
n’est donc pas parce qu’il risque d’être dépassé ou de perdre sa
vitalité dans le temps, mais parce qu’il y a des poussées de renouveau qui
requièrent leur mise en œuvre...
RM.- Justement. Je crois qu’il est légitime d’utiliser
l’expression " nouveau Système préventif " ; mais
je crains deux confusions. Tout d’abord de considérer que le Système
préventif se serait constitué comme quelque chose de rigide et de bien
déterminé... En fait, le Système préventif était ce qui inspirait toutes
les réalisations. Les réalisations étaient le résultat et le fruit d’une
grande inspiration : le Système préventif.
La deuxième confusion possible est de penser qu’il
suffirait de se mettre ensemble pour pouvoir faire en deux ou trois ans un
nouveau Système préventif, et arriver ainsi à un produit fini... J’estime
que le Système préventif est surtout une âme, un style, quelques grandes
idées pleines de virtualités qui ne cessent de se rénover. À un certain
moment, il est possible d’arriver aussi à des réalisations qui se
présentent comme des modèles, mais gare si elle se figent, comme si elles
pouvaient se transférer telles quelles d’une époque à l’autre.
ANS.- Nous pouvons donc dire qu’il s’agit d’une
réalisation progressive, selon la pensée même de Don Bosco, qui était
convaincu de déposer " le germe " qui serait développé
par ceux qui viendraient après lui (MB XI 309). Le P. Rinaldi aussi était
convaincu que les idées de Don Bosco se réaliseraient bien mieux par ceux qui
viendraient après, " parce que le temps convaincra les cœurs de l’excellence
de la méthode ".
RM.-
Il faut dire que, dans leur contexte, nos pères l’on
bien appliqué ; ils ont tiré de cet esprit et de ce style, tout ce qui
était possible vu le circonstances. Mais il est vrai que, devant des défis
comme ceux du troisième millénaire, le Système préventif révèle des
virtualités et des intuitions simples, comme la roue et le feu, mais qui valent
pour tous les temps. C’est, en effet, encore avec la roue qu’on travaille et
avec le feu, qu’on fond les métaux... Ce que tous auraient pu savoir, quelqu’un
l’a mis au point et mis en pratique de façon magistrale. Je donne un exemple.
Pratiquée dans les circonstances aujourd’hui : abandon, solitude, fils
uniques en famille et désertion de l’école, la relation éducative gratuite
(non générique) peut parfois se révéler comme l’une des grandes
ressources...
ANS.- Quels sont, à votre avis, les caractères essentiels
de nouveauté ? Sur quoi devrait se concentrer l’effort de renouveau du
Système préventif en vue du troisième millénaire ?
RM.- Si nous reprenons chaque phrase où Don Bosco a
cherché à ramasser ses idées, nous voyons qu’elles libèrent de nouvelles
significations. Prenons, par exemple, le mot
" raison " : à notre époque, les jeunes souffrent
assez bien de déséquilibre et d’excès de tout genre sans pouvoir exercer
leur discernement vis-à-vis des incitations qu’ils subissent ; ils ont
de la peine à gérer leur vie avec tranquillité et à se constituer une
certaine sagesse (comme disait Don Bosco). Nous comprenons alors ce que veut
dire la raison dans la vie...
Ou bien le mot " religion " : l’enfermement
dans l’horizon temporel, la religiosité " sauvage ", le
libertinage éthique qui désagrège la personne... nous révèlent l’importance
de faire comprendre ce que veulent dire la conscience, la foi, l’ouverture aux
appels du mystère, et toutes les formes de religiosité qui éclosent du
christianisme.
La même chose peut se dire du " cœur "
et de l’autre formule " bon chrétien et honnête
citoyen ", avec tout ce que comporte la société d’aujourd’hui.
Sans exclure, c’est clair, que les sciences psychologiques, sociologiques,
pédagogiques ont pu ajouter des dimensions qui ne se déduisent pas si
facilement de l’intuition simple de Don Bosco... Ce cadre cohérent peut donc
très bien accueillir aussi des apports substantiels dus au progrès des
sciences de l’éducation.
" Être heureux de voir un jeune bien mûrir dans
son intelligence, son cœur et sa sociabilité ".
ANS.- Une nouveauté au niveau du Système préventif exige
aussi un " nouveau profil d’éducateur ". Quel éducateur
pourrait appliquer ces progrès et ces nouvelles exigences ?
RM.-
Si nous regardons encore Don Bosco, nous voyons que
la racine, c’est sa passion d’éduquer. Cette racine, nous l’appelons
charité pastorale. Il appréciait en outre beaucoup la vocation du jeune à
connaître Dieu et à communier avec lui, et c’est là qu’il situait le
bonheur du jeune... Et tout cela aussi dans une vision positive et optimiste de
la vie, pleine de possibilités. En même temps, il s’enthousiasmait pour l’humain,
la joie, le jeu, dans l’optique de l’éternité. Il aimait que les jeunes
développent leur grande vitalité si sympathique. Non pour passer le temps,
mais parce qu’il voulait les conduire au mieux. C’est cela que j’appelle
la passion d’éduquer : être heureux de voir un jeune bien mûrir dans
son intelligence, son cœur et sa sociabilité ; aimer développer un
talent qui se révèle ; réveiller ce qui s’est endormi. Quand elle se
trouve à la base, il est possible de rencontrer, d’entrer en relation, de
comprendre et de dialoguer. Cela aussi est un problème d’aujourd’hui :
mettre en jeu la parole et la réponse pour pouvoir proposer peu à peu quelque
chose. Elle est pleine de sagesse, cette phrase de Don Bosco :
" Que les jeunes arrivent à aimer ce que vous
proposez... ". C’est alors une réponse totale de leur part.
ANS.- Avec cette passion d’éduquer et cette volonté d’accompagner
le jeune, ne faudrait-il pas encore un nouveau type d’action éducative ?
RM.- Il y a une grande différence entre l’action du
temps de Don Bosco de type total (qui englobait toute la vie du jeune), et la
synergie et la convergence nécessaires aujourd’hui. Aujourd’hui, nous
éduquons en plein air, au carrefour des communications. Le travail éducatif
doit donc se constituer sur des critères d’échange, de liberté, de
possibilité de s’exprimer et de se corriger ; un monde ouvert, non clos,
même si les éducateurs y jouent un rôle spécifique. Ouvert à diverses
exigences : famille, éducateurs auxiliaires, institutions du territoire
qui travaillent à la promotion, vie même du territoire etc. ; mais à
présent aussi à de nouveaux intérêts qui font à présent partie de la vie.
Dans l’éducation, il faudrait toujours composer avec ce qui s’élabore dans
des conditions de laboratoire, et ce qui se vit en commun, avec les gens.
ANS.- L’efficacité de l’action éducative de Don Bosco
tenait aussi à la multiplicité des langages et des médiations pour faire
appel à toutes les ressources du jeune. Quels sont aujourd’hui les langages
et la communication qui peuvent donner plus d’efficacité au Système
préventif ?
RM.-
Je crois qu’il est très juste de dire que Don
Bosco cherchait à faire vibrer ses propositions dans tous les domaines de la
personne : intelligence, cœur, sentiment ; jeu, école,
église ; théâtre, musique, fanfare, chant ; fleurs, lumières,
cérémonies... Tout cela nous met dans le grand contexte de la communication.
Mais il y a un point à ne pas oublier : Don Bosco a bien vu que plus le
langage est personnel et personnalisé, il mobilise le jeune, plus il l’éduque,
plus il fait de lui une personne. La puissance du langage imprégnait toute sa
relation ainsi que l’influence du milieu où le jeune se sentait bien et
valorisé personnellement. Aujourd’hui, nous devons donc introduire le langage
des grand moyens, mais sans penser qu’ils sont les seuls à exercer une
influence, surtout s’ils s’adressent à la masse. Une autre idée de Don
Bosco est le principe de l’activité : la place offerte au jeune de s’associer
activement. Il dit très clairement que c’est là que nous faisons un travail
éducatif efficace. La psychologie moderne le confirme : un langage, une
appartenance, un travail de groupe fortement mobilisateurs sont capables de
neutraliser de forts messages " massifiants " et des
incitations négatives venant du dehors.
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