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Lettre N°1719 de St Jean Bosco

Le système préventif sécularisé

Au Ministre de l'Intérieur 

(Avant de quitter Rome, Don Bosco voulait assurer à son oeuvre une place dans la Ville éternelle. Ayant perdu le soutien de Pie IX défunt, il se tourne vers le Gouvernement en la personne du ministre Crispi que, pendant les préparatifs du Conclave, il avait dû approcher afin de savoir s'il avait l'intention de faire obstacle à la liberté des Cardinaux électeurs.)

Excellence

J'ai l'honneur de présenter à Votre Excellence les bases sur lesquelles peut se fonder le Système Préventif appliqué parmi les jeunes en danger sur la voie publique et dans les maisons et pensionnats d'éducation.

En même temps, soucieux de correspondre au bon vouloir exprimé par Votre Excellence, je prends la liberté de citer quelques lieux de Rome pouvant servir à un tel but et qui dépendent du gouvernement lui-même.

(suivent 5 lieux situés dans des quartiers défavorisés)

Quel que soit celui de ces lieux qu'il conviendrait au Gouvernement de laisser à ma disposition, je le destinerai exclusivement en faveur des enfants pauvres et en danger, et j'ai pleine confiance que cela pourra se faire sans beaucoup perturber les finances du Gouvernement. De cette façon, celui-ci viendrait en aide à un grand nombre d'enfants qui demandent à être abrités, et l'on mettrait ainsi un terme au grave et coûteux inconvénients d'envoyer de cette ville vers les pensionnats de Turin ou de Saint Pierdarena une multitude d'enfants abandonnés.

C'est avec une totale confiance et une profonde gratitude que je prie le Seigneur de vous garder et que je me dis  de votre Excellence l'humble suppliant
                                                                  Jean Bosco , prêtre     Rome 21 février 1878

(A cette lettre Don Bosco joignit un Mémoire sur le Système Préventif pour montrer au Ministre les objectifs bienfaisants de son institution. Crispi en personne lui avait exprimé le désir d'une telle information)

Mémoire:Le système préventif dans l'éducation de la jeunesse 

Il existe deux systèmes pour l'éducation morale et civile de la jeunesse : le répressif et le préventif.

L'un et l'autre peuvent être appliqués au sein de la société civile et dans les maisons d'éducation. Nous donnerons brièvement un aperçu général du Système Préventif à mettre en oeuvre dans la société civile; puis nous dirons comment il peut être pratiqué dans les collèges, les pensionnats et spécialement les maisons d'éducation.

Le système préventif et répressif au sein de la société

Le système répressif consiste à faire connaître les lois et les peines qu'elles fixent; ensuite l'autorité doit faire en sorte de connaître et de punir les coupables. C'est le système employé dans l'armée et en général pour les adultes.

Mais les jeunes, manquant d'instruction, de réflexion, entraînés par leurs camarades ou par leur propre légèreté, se laissent souvent conduire en aveugles au désordre, pour la seule raison qu'ils sont abandonnés.

Alors que les lois veillent sur les coupables, elles se doivent certainement de faire preuve d'un grand soin pour en diminuer le nombre.

Quels enfants doivent-ils être considérés comme en danger? 

Je crois que nous pouvons désigner non pas comme mauvais, mais comme en danger de la devenir ceux qui :

  1. Depuis les villes ou les villages de l'État viennent en d'autres villes et villages à la recherche de travail. Le plus souvent ils apportent avec eux un peu d'argent qu'ils dépensent en peu de temps. Si par la suite ils ne trouvent pas de travail, ils tombent dans le véritable danger de se laisser aller au vol et de se mettre sur le chemin qui les conduira à leur perte;
  2. Ceux qui, devenus orphelins de leur père et mère, n'ont personne pour les aider et qui restent donc livrés au vagabondage et à la compagnie des mauvis garçons, alors qu'une main amie, une voix charitable aurait pu les diriger sur le chemin de l'honneur et en faire d'honnêtes citoyens;
  3. Ceux qui ont des parents qui ne peuvent ou ne veulent pas prendre soin de leur progéniture; pour cette raison, ils les chassent de la famille et les abandonnent tout à fait. De ces parents dénaturés le nombre est malheureusement trop grand.
  4. Les vagabonds qui tombent entre les mains de la police mais qui ne sont pas encore de mauvais garçons. S'ils étaient accueillis dans un pensionnat pour y être instruits, préparés à un travail, ils seraient certainement soustraits aux prisons et rendus à la société civile.

Mesures à prendre

L'expérience nous a appris que l'on peut efficacement agir en faveur de ces quatre catégories d'enfants:

  1. Par des espaces permettant de se distraire, les dimanches et jours fériés. Au moyen de la distraction amusante, de la musique, de la gymnastique, du sport, de concours de déclamation, de petites pièces de théâtre, on peut les rassembler avec grande facilité. Puis grâce au cous du soir et du dimanche, ainsi qu'au catéchisme, on donne à ces pauvres enfants du peuple une nourriture morale adaptée et indispensable.
  2. Profitant de ces rassemblements, se renseigner pour savoir quels sont ceux qui n'ont pas de patron, et faire en sorte qu'ils soient occupés et aidés tout au long de la semaine.
  3. Puis, si parmi eux il s'en trouve qui sont pauvres et abandonnés, qui n'ont pas de quoi s'habiller, de quoi se nourrir ni d'endroit où dormir la nuit, à ceux-là on ne peut venir en aide autrement que grâce à des pensionnats et des établissements de protection, grâce à des métiers et des colonies agricoles.

Intervention gouvernementale

Le Gouvernement, sans se charger d'une administration détaillée, sans toucher au principe d'une charité respectant la loi, peut apporter sa coopération selon les modalités suivantes:

Fournir des espaces pour les rassemblements des dimanches et jours fériés; aider et munir les classes et les espaces de jeu des matériels nécessaires.

Procurer des locaux pour les pensionnats, les équiper des matériels nécessaires aux métiers auxquels pourraient s'appliquer les enfants recueillis.

Le Gouvernement laisserait la  libre acceptation des élèves, mais fournirait une indemnité journalière ou un versement mensuel pour ceux qui, se trouvant dans des conditions décrites ci-dessus, seraient accueillis. Cela serait établi ou par les certificats de l'autorité civile, ou par les rapports de la police qui très fréquemment rencontre des jeunes qui justement se trouvent dans cette situation.

Cette aide journalière serait limitée à un tiers de ce que coûterait un jeune dans les centres d'éducation surveillée de l'État, prenant pour base les établissements de Turin, et calculant la dépense totale de chaque individu, on peut estimer cette aide à 80 centimes par jour. De cette façon, le gouvernement apporterait son aide mais laisserait libre le concours de la charité privée des citoyens.

Résultats

Appuyé sur une expérience de 35 années on peut constater que

De nombreux garçons sortis de prison s'orientent avec facilité vers un métier au moyen duquel ils gagnent honnêtement leur vie.

Beaucoup qui se trouvaient dans le plus grand danger de devenir de mauvais garçons, commençaient à créer des ennuis aux honnêtes citoyens et causaient déjà des troubles assez graves aux autorités publiques, se sont tirés de ce danger et se sont mis sur le chemin conduisant à une vie d'honnête citoyen.

Il ressort de nos registres que pas moins de cent mille jeunes aidés, recueillis, élevés selon ce Système, ont appris certains la musique, d'autres ont fait des études littéraires, d'autres ont appris un métier, et ils sont devenus d'habiles artisans, des employés de commerce, des patrons d'atelier, des enseignants, d'e consciencieux fonctionnaires, et pas mal occupent des grades honorables dans l'Armée. Beaucoup aussi, dotés par la nature de dons peu communs, pourront suivre les cours de l'Université et deviendront diplômés en Lettre, Mathématiques, Médecine, Droit; des ingénieurs, des Notaires, des Pharmaciens et semblables professions.

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