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« AFFECTIVITÉ, RATIONALITÉ, SENS DE LA VIE » p. 31-33 de Jacques Schepens, sdb collect Horizons salésiens – Édit Don Bosco 2001 « Une randonnée en montagne » : lecture symbolique d’un songe de Don Bosco dans le contexte de l’éducation Ce que les trois piliers – affection, raison, religion – signifient aujourd’hui, on pourrait l’exprimer d’une façon symbolique, en faisant appel à un songe de Don Bosco. Il a donné de sa méthode éducative une image frappante en racontant un de ses rêves. Il se trouvait à la tête d’un groupe de jeunes gens occupés à gravir une montagne. Se retournant, il voit personne ne le suit. Il redescend promptement jusqu’auprès du dernier des retardataires, pour se remettre à prendre la montagne au rythme de celui-ci. Le précédant de peu, il le conduit sans le perdre de vue un seul instant et en lui prodiguant ses encouragements. L’accompagnement des jeunes demande de la part des accompagnateurs non seulement auprès d’eux leur présence, leur assistance, mais aussi qu’ils leur montrent la route en marchant devant eux. L’éducateur doit avoir le regard fixé sur le but final, dont, dans la plupart des cas, les jeunes ne peuvent saisir la pleine valeur et la bienfaisante signification. Mais en même temps, il ne peut, tout en les précédant, courir trop vite ou trop loin. Les jeunes les perdraient de vue. Sa tâche est de se trouver en avance d’un seul pas. Nous transposons librement et en forme plus détaillée l’intention de ce rêve vers la situation actuelle. On peut comparer l’éducation à une randonnée en montagne. Il ne faut jamais perdre de vue le sommet de la montagne, c’est-à-dire la perspective du sens plénier, dont nous avons parlé. Pour mener à bien la randonnée, on a encore besoin d’un bon guide et d’une carte. Ici, on pensera aux valeurs et aux normes fondamentales qui balisent la bonne direction. On pensera à la tendresse (« tu ne tueras pas »), à la réciprocité dans l’équivalence (« tu ne voleras pas »), à l’exclusivité et à la fidélité (« tu ne commettras pas d’adultère ») ou à la sincérité (« tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain »). Toutefois, il doit y avoir aussi un équipement approprié : chaussures de montagne, bas de laine, sac à dos, provisions, protecteurs d’oreilles contre le froid, lunettes de soleil contre la lumière éblouissante, canne, etc. La randonnée partie, on découvrira bien vite qu’un certain nombre de jeunes ne voit pas le sommet (le sens plénier). Il est, à vrai dire, devant eux mais entièrement caché dans le brouillard. D’autres pensent que le sommet se trouve du côté opposé ; ils s’imaginent donc une route complètement différente. Il y a des jeunes de bonne volonté, mais ils n’ont pas les chaussures ou les provisions nécessaires. On peut penser, dans ce cas, aux jeunes qui, à cause des circonstances psychosociales, n’ont pas eu les meilleures chances dans leur vie. Pour autant, les exclura-t-on de la randonnée ? Eux aussi ne sont-ils pas invités à porter leur vie vers son véritable accomplissement. Il est sûr que certains n’atteindront jamais le sommet. Mais doit-on pour cette raison les laisser tomber ? Ne doit-on pas leur ouvrir une perspective de sens, même quand on est presque sûr qu’ils ne peuvent mener à bon terme leur entreprise ? Ne doit-on pas les inviter à se mettre en route malgré tout ? Ne devrait-on pas plutôt les inviter, les encourager, les aider à marcher dans la direction du sommet et leur donner, par exemple, des bas de laine ou une carte, même quand ils ne sont pas (encore) tout à fait capables de lire la carte ou même quand ils voudraient essayer de trouver le chemin sans carte ? Ne doit-on pas être proche d’eux, les « assister » dans la mesure du possible, pour qu’ils puissent au moins atteindre le niveau qu’ils sont à même d’atteindre ? Certains réussiront à atteindre le refuge. Ils ont pu faire une partie de la route sans arriver au sommet. Toutefois, du point où ils sont arrivés, ayant fait une partie du trajet, ils ont une meilleure vue sur le paysage ; autrement dit, ils ont atteint un niveau considérable, même quand on sait qu’ils ne pourront pas atteindre le maximum (vere bonum), mais c’est peut-être le « possible », un idéal limité, mais toutefois un idéal (minus bonum). Ce niveau n’est probablement qu’un bien limité mais quand même un bien. Quand le jeune ne peut faire qu’un tiers ou un quart du chemin, il n’atteint pas le maximum, mais un « bien mineur » ou un bien réduit. Mais pour ce jeune, cela signifie déjà un épanouissement ? Même si le jeune n’est capable de faire qu’une partie de la route, on ne le laissera ni au pied de la montagne, ni au premier refuge, ni au premier arrêt. On lui dira : « tu peux faire plus ». Il faut lui dire et lui donner de temps en temps un coup de pouce pour qu’il soit à même de continuer son chemin. Voilà une pédagogie, une éthique de croissance, qui avec le sens plénier (l’idéal) combine une attitude de miséricorde. |
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