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LA PREMIÈRE COOPÉRATRICE SALÉSIENNE
La vie de " maman Marguerite " nous est connue par le
Père Jean-Baptiste LEMOYNE, auteur de documents essentiels pour l’histoire
salésienne, les " Mémoires biographiques ". Il rédigea
une brève biographie de " Maman Marguerite " et l’offrit
à Don Bosco, le 24 juin 1886, pour sa fête. Celui-ci accueillit ce cadeau avec
beaucoup d’émotion. Il y ajouta quelques remarques manuscrites, mais approuva
l’ensemble de l’ouvrage.
Une femme courageuse et réaliste
M arguerite OCCHIENA est née dans une
famille de paysans des environs d’Asti, dans le Piémont. Une famille de neuf
enfants.
En 1812, elle épousa François Bosco, veuf d’un premier mariage et père d’un
jeune garçon prénommé Antoine. Elle avait vingt-quatre ans et lui en avait
vingt-neuf. De cette union naquirent deux autres garçons : Joseph et Jean.
Deux ans à peine après la naissance de Jean, le papa mourut brutalement,
victime sans doute d’une congestion pulmonaire. La voilà veuve avec trois
enfants et une grand-mère infirme à charge. Son seul gagne-pain :
quelques lopins de terre et un peu de bétail qu’il faudra abattre pour
subsister. Car les temps sont durs : l’Italie, comme les autres pays d’Europe,
a été ravagée par les guerres de Napoléon. La famine s’installe et les
premières années de Jean sont marquées par la misère et la disette.
Marguerite fait face avec courage. Elle exploite les terres, secondée par
Antoine, l’aîné. Mais pourra-t-elle tenir ? Ne faut-il pas songer à se
remarier ? " Un paysan du voisinage est venu la solliciter
pour refaire sa vie. Un homme sérieux, un riche parti. Mais il ne veut pas d’enfants
au foyer. Pour eux, on pourra trouver un tuteur. Marguerite refuse tout
net ".
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Toute sa sollicitude est tournée vers ses enfants. Pour
eux elle sacrifie son avenir personnel. " Dieu m’a donné un
mari, Dieu me l’a enlevé. À sa mort, François m’a confié ses trois fils.
Quelle mère cruelle je serais, si je les abandonnais quand ils ont besoin de
moi. Pour tout l’or du monde je ne les abandonnerai pas ".
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L’éducation de ses trois garçons n’est pas exempte de soucis. Antoine
est d’un caractère difficile. Il prend certes à cœur les intérêts de la
famille, mais il veut que tous participent au travail de la ferme. Vis-à-vis de
Jean qui est porté vers les études, il se montre intransigeant. Pour Antoine,
les études constituent un luxe que la famille Bosco ne peut pas se payer.
Souvent les disputes éclatent et Jean, qui n’a pas sa langue dans sa poche,
attise malicieusement le dépit de son grand frère. À contrecœur, Marguerite
décide de se séparer de son plus jeune et de l’envoyer comme garçon de
ferme chez des amis. Geste d’apaisement vis-à-vis de l’aîné, mais aussi
geste inspiré par une ferme confiance en Dieu. Marguerite sait que l’avenir
de son Jean n’est pas aux Becchi. Plus tard, elle donnera à Antoine la part
de l’héritage qui lui revient et lui demandera de s’installer à son propre
compte.
Une mère attentive
Malgré les difficultés de tous
ordres, Marguerite fait preuve d’une force de caractère peu ordinaire. Elle a
le souci d’élever ses enfants dans la confiance, même lorsque l’aîné lui
cause quelques tracas. Elle sait adroitement tirer les leçons des menus faits
quotidiens pour les faire servir à l’éducation.
Témoin cette anecdote.
" Un voisin avait offert à Jean un joli petit merle. Que de
visites à la cage précieuse. Que de patience pour apprendre à siffler. Ce
merle, une passion ! Hélas, un gros chat est encore venu rôder. Et, un
beau matin, la cage est ouverte et les barreaux tachés de sang. Plus de
merle ! Marguerite essuie les larmes du petit, le console et lui promet un
autre merle.
Ce ne sera pas le même ! Ce ne sera pas le mien !
sanglote l’enfant,
inconsolable.
La mère le prend alors à part, doucement. Elle écarte les mèches brunes,
caresse le front volontaire et laisse tomber ces mots qui resteront
inoubliables :
- Jean. Tout cela pour un merle ! Un merle, mon petit ! "
Éducatrice de la Foi
La même sollicitude la guide dans l’éducation de la foi. Marguerite vit
dans le sentiment de la présence permanente de Dieu.
Elle a appris Dieu aux sermons du dimanche, au catéchisme du carême et, le
soir, aux longues veillées d’hiver, à travers les récits bibliques que
lisait son père Melchior dans le gros livre à tranches dorées.
Elle saura transmettre sa foi à ses fils. Elle leur apprend à lire sa
beauté dans la création :
" Que de belles choses, mes enfants, a fait le Bon Dieu. Et c’est
pour nous. Que le ciel est beau. Dieu a fait cela pour nous. C’est lui qui a
semé là-haut les étoiles ".
Elle leur apprend à le louer le matin et le soir. Elle remercie le Seigneur
pour le pain qu’il donne et pour le repos de la nuit. Don Bosco, n’hésite
pas à dire qu’il a appris à prier sur les genoux de sa mère. Et la leçon s’est
prolongée bien au-delà de l’enfance. À son fils déjà prêtre, elle dit un
jour : " Vous les prêtres, vous étudiez beaucoup ! Vous
savez votre théologie, mais ta mère en sait aussi, des choses. Elle sait que
vous devez prier ! "
Cette foi devait la soutenir dans les épreuves, dans ses deuils successifs,
mais aussi face aux aléas des récoltes, exposées au mauvais temps.
" Un jour d’été, alors que la grêle s’est abattue sur la
campagne, qu’elle a haché les blés et dévasté les vignes, les enfants se
blottissent contre leur mère, effrayés. On se rend sur les lieux. Quelques
mots seulement : " Le Seigneur nous l’avait donné. Le
Seigneur nous l’a repris. Que son Saint Nom soit béni ! ". Dans
ces moments, où Dieu semble loin et sa protection un leurre, elle retrouve la
prière du saint homme Job.
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