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Une mère de prêtre
Quel rôle sa mère a-t-elle joué dans la vocation de son fils ? Il est
difficile de le dire. Il semble qu’elle soit toujours restée discrète, mais
sûrement attentive. Pour payer ses études au collège de Chieri et sa pension,
Jean est obligé de travailler. Mais sa mère y contribue. Elle se rend
fréquemment en ville, pour lui apporter les produits de la petite ferme qu’elle
continue d’exploiter. Elle sent l’évolution de son garçon, mais respecte
ses choix.
Lorsqu’à l’issue de ses études secondaires, Jean envisage un moment d’entrer
au noviciat des Franciscains, c’est son curé qui apprend à Marguerite le
projet de son fils. Il trouve d’ailleurs que Jean n’est pas fait pour être
moine... Il le dit à sa mère, fait miroiter l’aide qu’un fils, curé,
pourrait lui apporter quand l’âge l’obligera à se retirer de sa ferme.
- " Marguerite, vous êtes pauvre ! Qui prendra soin de votre
vieillesse ? Dans un presbytère, vous serez en sécurité. À tout prix,
il faut détourner votre fils de ce projet. Il n’est pas fait pour être
moine ".
Elle remercie son curé et demande à réfléchir. Le lendemain, elle se rend
à Chieri. Elle va trouver son fils.
- Monsieur le Curé est venu me voir. Il m’a dit que tu voulais être
religieux. Est-ce vrai ?
- Oui, maman, si tu n’y mets pas d’obstacle.
- Je n’en mettrai pas. Mais il faut réfléchir et examiner le pas
important que tu vas faire... Monsieur le Curé se figure que ton choix doit
tenir compte de mon avenir, de ma vieillesse. Moi, je fais confiance à Dieu. Je
ne désire rien de toi et n’attends rien de toi. Je suis née pauvre, j’ai
vécu pauvre, je veux mourir pauvre.
Et sur un ton grave : Retiens
bien ceci. En te faisant prêtre diocésain, si tu deviens riche, sache le bien,
je ne te verrai plus, et ne mettrai plus les pieds dans ta maison ".
Sur le conseil de Don Cafasso, son directeur spirituel, Jean renoncera à la
vie religieuse et entrera au grand séminaire de Chieri. Lors de la prise de
soutane, sa mère le prend à part et lui fait ces confidences :
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- " Mon Jean, te voilà revêtu de la soutane. Tu devines ma joie.
Mais sache bien : ce n’est pas l’habit qui fait le moine, c’est la
vertu. Si jamais tu doutes un jour de la vocation, oh ! je t’en supplie,
quitte ta soutane, ne la déshonore pas. J’aime mieux avoir un fils paysan qu’un
fils prêtre qui négligerait ses devoirs ".
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Elle aura également, au moment de l’ordination, des paroles que son fils
ne devait jamais oublier.
- " Te voilà prêtre, mon petit Jean. Tu es près du Seigneur.
Chaque jour, tu diras la messe. Rappelle-toi bien ceci : commencer à dire
la messe, c’est commencer à souffrir. Oh, tu ne t’en apercevras pas tout de
suite. Mais plus tard, tu penseras que ta mère avait bien dit. Chaque jour, n’est-ce
pas, tu prieras pour moi. Je ne te demande rien d’autre. Va, ne songe à
présent qu’au salut des âmes et ne te préoccupe pas de moi ".
Coopératrice...
Il y aura comme un retournement dans la vie de Marguerite, quand son fils
deviendra l’intermédiaire d’un appel du Seigneur. De mère, elle deviendra
disciple...
Don Bosco tomba gravement malade après quelques années de ministère et d’apostolat
auprès des jeunes de Turin. Il dut prendre plusieurs mois de repos. C’est au
moment du retour de Don Bosco à Turin que se place cet
" appel ".
- " Maman, tu le sais, il me faut revenir à Turin. Mes garçons me
réclament. Au Refuge
(une pension de jeunes filles, tenue par la marquise
de Barolo, dont il avait été aumônier) je n’ai plus d’emploi, et il me
faut, dans cette nouvelle maison, une personne de confiance. La " casa
Pinardi " a mauvaise réputation. Veux-tu venir avec moi ?
Marguerite écoute et réfléchit.
- " Jean, tu le sais, tu le vois, on tient à moi. C’est dur d’abandonner
notre maison, ton frère et tous ceux que j’aime. Mais si tu crois que Dieu le
veut ainsi, tu peux compter sur moi. Je suis prête à te suivre ".
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Le lendemain, ils prirent ensemble la route, à pieds et rejoignirent Turin
à la nuit tombante. C’était le 3 novembre 1846. Don Bosco avait trente et un
an, elle cinquante huit.Elle deviendra l’âme de la " maison Pinardi ", tour à
tour couturière, lingère, cuisinière, catéchiste, éducatrice. Elle sera
" maman " Marguerite, toujours présente, affectueuse,
patiente et pourtant ferme. |
En novembre 1856, elle tomba malade. Son état empire rapidement et le 24
elle rendit son âme au Seigneur. Don Bosco ressentit douloureusement ce
départ. Il se rendit à la " Consolata ", Notre-Dame de la
Consolation, toute proche de la maison. Il s’agenouille devant l’autel que
surmonte la statue de Marie. Là, il laisse couler ses larmes et prie.
- " Et maintenant, ma bonne Mère, nous voilà, mes enfants et moi
sans maman. Il vous faut prendre la place. Une famille comme la mienne ne peut
se passer de mère. Tous mes enfants, je vous les confie. Veillez sur leur vie.
Veillez sur leur âme. Maintenant et toujours ".
Voir aussi
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