La
vie de Dominique Savio a véritablement basculé le 20 octobre 1854. La
veille, son père Charles lui avait promis de l’emmener de Mondonio aux
Becchi, à six kilomètres de là, rencontrer le jeune abbé Jean Bosco qui
séjournait dans son hameau natal avec une vingtaine de garçons de la
ville. Depuis, Dominique ne rêvait plus que de cela. C’est son curé Don
Cugliero, qui avait organisée cette entrevue. Quelques semaines plus tôt,
le prêtre n’avait pas hésité à se rendre chez son compatriote et ami,
dans le quartier sordide du Valdocco, en périphérie de Turin. Il tenait
absolument à lui parler du jeune Savio : « C’est un excellent
gamin, ne cessait-il de répéter, et peut-être une vocation ». Don
Bosco ne pouvait que se réjouir de cette rencontre. Leur dialogue s’achève
sur ce contrat fécond : « Je t’accueille dès mon retour au
Valdocco » conclut l’un ; « Je vous confie mon âme et
son avenir », répond l’autre.
Dominique Savio vécut près de seize mois
au Valdocco. On ne peut s’empêcher d’être admiratif devant l’activité
foisonnante et ingénieuse de ce garçon, véritable levain dans la pâte. Dès
le départ, il comprend la mission de son maître Jean Bosco, et il veut y
contribuer totalement. Après quelques jours d’adaptation, Dominique prend la
dimension de la maison. Travaillant à s’intégrer le mieux possible aux
rythmes et aux règles du Valdocco, il en saisit l’intelligence et commence a
en imaginer les bénéfices, jusqu’à prendre pour lui cet appel à la
sainteté souvent rappelé par Don Bosco. Cette sainteté ne consiste pas en un
travail de promotion personnelle, mais plutôt en une attention croissante aux
autres. Du coup, Dominique choisit ses camarades de jeu parmi ceux qui ont du
mal à trouver une compagnie, les exclus ou timides, les pauvres qui ont honte
ou peur en face des « caïds ».
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Convaincre par l’exemple
Il comprend que le bonheur
de ces jeunes passe par la paix de leur conscience et la paix avec Dieu,
et il se considère comme envoyé auprès d’eux. Rien n’est négligé
pour redonner confiance aux uns et aux autres. Courage, témérité mais
aussi patience et volonté sont le lot quotidien de cet adolescent ;
et surtout, une prière toujours plus dense qui le noue à son Créateur.
C’est pourtant Marie qui sera pour lui la véritable source d’inspiration.
Ainsi, un soir de 1857, il décide de fonder une petite association
secrète, dont l’un des projets très délicat est d’approcher les
jeunes les plus difficiles du Valdocco. Ce groupe se nommera Compagnie de
l’Immaculée Conception. Les membres, triés sur le volet, se
recrutaient entre eux. Ce n’est que quatre année plus tard, après la
mort de Dominique Savio, que Don Francesia, à l’époque encore abbé,
appris l’existence de cette unité d’élite.
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Dominique avait bien
diagnostiqué le mal dont souffrait le Valdocco : la
générosité et l’optimisme de Don Bosco avaient permis le
mélange sans complexe des brebis et des chèvres, voire des loups
les plus terribles. Il fallait donc, non pas exclure, mais inclure
par une stratégie efficace, en neutralisant les mauvaises attitudes
de certains jeunes par une prise en charge éducative très
rapprochée. Sans laisser apparaître quoi que ce soit de la manœuvre,
l’objectif était de les convertir à un nouveau style : passer
des propos grossiers, des idées obscènes et de la culture de
vengeance, à l’enthousiasme dynamique et la camaraderie franche.
Don Bosco, qui fut mis au courant, travaillait de son côté à une
Congrégation religieuse au service des jeunes les plus en
difficulté. La Congrégation salésienne prenait corps dans cette
convergence d’objectifs.
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