Le
jeune Dominique Savio est né le 2 avril 1842 et décédé le 9 mars 1857. En
quinze années de vie, cet adolescent, qui fut élève chez Don Bosco à l’Oratoire
du Valdocco, réussit à devenir saint. En lui donnant ce titre, le 12 juin
1954, le pape Pie XII reconnaissait qu’un jeune pouvait être proclamé
saint par l’Église, sans avoir connu ni le martyre, ni la souffrance de la
persécution, mais en ayant vécu la vie simple d’un jeune élève, porté
par le désir de réussir sa vie.
Si l’iconographie traditionnelle nous présente
Dominique Savio sous les traits angéliques d’un jeune préadolescent, dans un
costume simple, propre et soigné, avec un regard tendre, c’est parce qu’il
n’existe aucune photo de lui. Les portraits qui ont été faits sont inspirés
d’un dessin d’un de ses camarades de classe. Ce qui nous est donné à voir
de Dominique Savio est extrêmement intéressant et révélateur. En effet, pour
être saint, pense-t-on couramment, il faut être sage, poli, bien élevé,
obéissant tout en restant humain, et laisser paraître sur son visage ce
souffle délicat qui évoque l’au-delà. Même si Dominique Savio a été un
peu tout cela, l’image populaire risque de le ranger exclusivement dans les
êtres exceptionnels et différents... et donc, inaccessibles.
Pour un jeune d’aujourd’hui,
il représente, au mieux, un idéal de perfection un peu lointain. Un adolescent
revendique une certaine autonomie, un besoin d’être écouté et reconnu ; il
est souvent révolté par les injustices et toutes les incohérences des adultes
; en lui, jaillissent les questions du sens et les expériences passionnées de
l’amour. Face à cela, la vie de Dominique Savio risque d’être terriblement
décalée. Où est donc passé ce garçon en qui Jean Bosco a mis toute sa
confiance pour ramener à la raison les "cas" les plus durs de son
Oratoire ? Qu’est devenu ce "leader" qui savait se faire aimer et
respecter par des dizaines de compagnons à l’éducation plus ou moins
achevée ? Visiblement, il y a chez Dominique Savio une ardeur et une passion
qui nous ont échappé et qu’il faut redécouvrir pour rendre justice à ce
jeune dont la première victoire a été son combat contre ses propres
faiblesses, ses peurs et limites.
| Audacieux et courageux,
Dominique s’engage
Peut-on imaginer les traits fatigués, les cheveux
trempés de sueur, le visage rouge et le cœur battant d’un Dominique
Savio, qui vient de suivre furtivement deux de ses camarades de classe désireux
de s’affronter à mort ? En effet, une dispute ayant mal tourné, les
deux protagonistes en sont venus aux mains. L’arrivée du maître à mis
fin à cette bagarre, mais n’a pas réussi à étouffer la haine. À la
fin des cours, les deux jeunes, de famille noble, se sont retrouvés à l’écart,
sur un terrain vague. Dominique, qui fréquentait cette école avec d’autres
pensionnaires du Valdocco, les a suivis. Voyant leur projet insensé, il s’élance.
N’ayant d’autres armes que des pierres, les adversaires se tenaient à
distance pour se lapider mutuellement. Il a fallu toute la présence d’esprit
et le courage de Dominique Savio pour se lancer au milieu d’eux et
passer de l’un à l’autre pour les supplier de revenir sur leurs
positions.
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Il fallait tout à la fois convaincre et déstabiliser.
Détourner l’un et l’autre de la menace, convertir la soif de
vengeance et la haine, contenues toute la journée, en un espace de
dialogue, sans vexer la susceptibilité d’aucun. C’est là, vraiment,
que Dominique Savio révèle un de ses talents. Passer au cœur d’un
conflit parfois brutal, avec un sang-froid et une persuasion désarmante,
pour prendre prise sur la violence en cours et faire dominer la raison...
jusqu’au pardon. Saint Dominique Savio serait-il par hasard le saint
patron des médiateurs, dont nous avons besoin aujourd’hui ?
Daniel FEDERSPIEL
Dominique Savio, le sens de la situation
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